Projections
suivies de rencontres-débats
Salle Einstein à 15h - Le Corum
Entrée libre
|
Le Festival organise comme chaque année en collaboration
avec la SACEM des projections de Films et documentaires musicaux.
Les musiques d’aujourd’hui,
les compositeurs contemporains, les interprètes majeurs sont depuis
les origines de la télévision les sujets de documents filmés.
Le documentaire sur la musique constitue depuis les années cinquante
du siècle dernier une forme d’oeuvre en soi, avec ses codes,
ses spécialistes, ses réseaux, ses conditions particulières,
souvent précaires, de financement et de diffusion.
Evidemment, ces films n’ont rien d’objectif, mais ils permettent,
au moyen de la caméra et grâce au regard imaginatif des cinéastes,
d’appréhender la vie et les pratiques des musiciens aux prises
avec les réalités souvent passionnantes, quelquefois anecdotiques,
mais toujours mystérieuses de leurs métiers.
Les films proposés ont fait cette année la part belle aux
improvisateurs, aux musiciens de jazz, comme un juste retour des choses
pour un type de musique qui a depuis toujours profondément imprégné
le cinéma de fiction et son histoire.
Par ailleurs, nous n’avons pas cherché à nouer des
liens systématiques avec la programmation des concerts ; nous espérons
toutefois que le spectateur attentif trouvera dans ces films quelques
échos ou connivences qui ne sont pas dus tout à fait au
hasard. Il importera enfin de s’interroger, avec les auteurs et
réalisateurs présents aux projections, sur les manières
de traiter aujourd’hui les musiques d’autrefois et de trouver
les voies possibles pour entendre et voir toutes celles d’aujourd’hui,
pour les comprendre et partant, les mieux aimer.
Pendant les 3 journées spéciales dédiées respectivement
à la musique baroque, à Beethoven et au jazz, des projections
sur ces thèmes auront lieu.
 Mercredi 12 juillet 2006
Documentaire - Claude Nougaro : c'est
fini ou ça commence ?
|
|
Film de Jean-Thomas Ceccaldi
Ecrit par Jean-Thomas Ceccaldi et Didier Varrod
Une co-production : Program33 et Blue Note
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 54 minutes
|
Claude Nougaro fut un artiste
visionnaire qui, tout au long de sa carrière, osa l’alliance
des rythmes les plus divers (musique africaine, jazz ou java,
Bossa Nova) et la musique de l’alexandrin, pulsation
propre à la langue française.
Il a su traverser, sans réelles éclipses, les
époques en bousculant les schémas classiques,
en recherchant toujours des pistes nouvelles et en se tenant
prêt à se mettre sans cesse en question. Sa démarche
courageuse lui a donné le privilège rare de
toucher un public large et qui traversait plusieurs générations.
Il a donné à la chanson un statut de véhicule
de la modernité en lui donnant une vraie légitimité,
qui vient du mot, de cette langue française dont on
a dit bien à tort qu’elle ne résonnait
pas.
Si la chanson française existe si fortement aujourd’hui,
c’est en grande partie grâce à lui. Nougaro
est « la voix royale », une voix puissante, singulière
et rythmique. À ce titre, il peut être légitimement
rapproché d’un autre monument de la chanson :
Serge Gainsbourg.
Ce n’est donc pas surprenant si les ambassadeurs de
la nouvelle scène française le citent presque
tous comme référence.
Ce n’est pas non plus un hasard si beaucoup d’artistes
(Sanseverino, Zebda, Kool Shen) ont salué avec une
émotion vraie le grand artiste au lendemain de sa mort,
en mars 2004.
Voici un film qui lui est consacré, pour l’écouter
parler sa langue. À travers des images d’archives,
on pourra goûter cette java des mots, ce cheminement
généreux qui lui valut si longtemps l’affection
et la célébrité populaires.
Ce film ne retrace pas la vie et la carrière de l’artiste.
De l’artiste des débuts à l’homme
combatif des mois ultimes et de la difficile confrontation
avec la maladie, ce film veut surtout donner à voir,
à entendre et comprendre Nougaro. D’où
il venait, où il allait et par quels chemins…
Il ne s’agit donc pas d’un documentaire de plus
sur un chanteur de plus. C’est une odyssée dans
la syncope des mots, une traversée du désir.
Ce film est là pour lui rendre ce qu’il avait
offert.
|
Jean-Thomas Ceccaldi est journaliste-reporter
et réalisateur depuis 15 ans. Il a travaillé notamment
au Rwanda et en Yougoslavie. Ses films ont reçu de nombreuses
distinctions.
Didier Varrod est producteur et animateur
d’Électron libre sur France Inter. Il a produit des documentaires
sur Renaud, Julien Clerc, Véronique Sanson. Il vient de publier
chez Fayard/Chorus une biographie de Daniel Balavoine.
 Jeudi 13 juillet
Documentaire - A la recherche de Pierre
Boulez
|
Film de
Gérald Caillat
Production : France 5, P.B. Productions
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 52 minutes
|
Compositeur
majeur de notre temps, chef d’orchestre adulé,
écrivain, pédagogue, éveilleur de talents,
agitateur, homme de pouvoir – et de contrepouvoir –
voici quelques facettes d’un personnage multiple dont
ce documentaire propose un portrait, l’année de
son 80e anniversaire.
Pierre Boulez est une figure musicalement respectée dans
le monde entier depuis près de 60 ans. Respecté
il l’a toujours été, même par ses
adversaires, tout comme il a été souvent controversé.
Ses prises de positions pour changer radicalement la politique
musicale, les rituels du concert, la religion de « l’authenticité
», les carences de notre vie musicale – entre autres
– ne lui ont pas fait que des amis. Il n’en a cure.
On dirait même que cela le stimule dans sa liberté
de parole ; une parole qui est présente et forte dans
ce documentaire pour lequel il a accordé à Pierre
Bouteiller le seul entretien télévisuel à
l’occasion de cet anniversaire.
Un film pour mieux connaître ce « contemporain capital
» que le réalisateur Gérald Caillat, spécialiste
du documentaire musical a suivi en concert et en répétition,
à Paris, et à New-York. Des éclairages
divers enrichissent ce portrait à travers le témoignage
d’Hélène Grimaud, ceux de Patrice Chéreau
(Lulu, la Tétralogie), de son ancien collaborateur à
l’Ircam, Laurent Bayle (aujourd’hui directeur de
La Cité de la musique et de la Salle Pleyel) et d’un
interprète proche, Pierre-Laurent Aimard.
Aussi, même s’il ne prétend pas être
exhaustif, ce portrait contribue à faire mieux connaître
cet « Homme d’ordre révolutionnaire ».
Un homme tout simplement. |
 Vendredi 14 juillet
Documentaire - Barney Wilen, the rest
of your life
|
Film de Stéphane Sinde
Produit par Nord-Ouest Documentaires, en coproduction
avec ARTE France
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 56 minutes
|
Stéphane Sinde
écrit: " La première fois que j’ai
entendu parler de Barney Wilen, c’était par Marie
Möör, sa dernière compagne. Barney était
mort depuis 2 ans, elle en avait passé 10 avec lui.
Nous avions le même âge, Marie et moi, et elle
était déjà riche d’un passé
qui me semblait un peu anachronique avec sa génération.
Barney est en effet un personnage mythique de l’histoire
du jazz. Mythique par son ascension fulgurante à 17
ans, son jeu éblouissant qui le conduit à gigger
avec Miles Davis, Bud Powell, Art Blakey, Roy Haynes, John
Lewis, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk… les plus grands
jazzmen américains (noirs bien sûr) de passage
à Saint Germain dans les années 50. À
22 ans, alors que l’avenir lui appartient, il choisit
de disparaître. Sa vie ensuite ne sera faite que d’une
série d’apparitions / disparitions. Aussi brillantes
qu’inexpliquées. À chaque fois qu’il
ressurgissait, alors que tous le croyaient mort, il y avait
dans sa musique quelque chose de précurseur. Une tonalité
qui préfigurait les courants, les styles qui allaient
traverser le jazz. Comme s’il avait besoin de ne plus
être pour renaître…
Progressivement, je découvrais l’univers sonore
de Barney ainsi que sa vie aventureuse, romanesque. Dans le
même temps, à mesure que ma relation avec Marie
devenait plus familière je prenais conscience –
non sans une certaine fascination – combien Barney continuait
à vivre en elle. Aussi, et à ma grande stupéfaction,
je me suis surpris à constater que le processus s’était
comme déporté en moi. Barney commençait
à s’immiscer également dans ma vie et
dans ma conscience. Je me mis à chercher des traces
de son oeuvre dans Paris, les endroits où il avait
joué (qui n’existent plus aujourd’hui),
à exhumer de l’improbable collection d’un
disquaire ses vinyles introuvables... Je m’inventais
une proximité avec lui un peu inexplicable, moi qui
ne suis pas jazzophile. Comme attiré par son fantôme,
par sa prégnance invisible…
Sa destinée elliptique me fascinait ; cet homme qui a
toujours oscillé, comme un funambule, entre présence
et absence. Celui qui subitement était de nouveau là
alors que tous le croyaient mort. Celui qui est mort maintenant
et qui continue pourtant de vivre à travers ceux qui l’ont
connu".
Stéphane Sinde est scénariste
et réalisateur de fictions et de documentaires. Il anime
dans la région de Montpellier des ateliers d’analyse
de films, fictions et doc, dans le cadre du dispositif "
collèges et lycées au cinéma ".
|
 Samedi 15 juillet
Documentaire - Aperghis, Tempête
sous un crâne
|
Film de Catherine Maximoff
Production : Idéale Audience &
Les films du Présent
Avec le soutien de la Sacem
2006
Durée : 59 minutes
|
Georges Aperghis est né à Athènes le 27 décembre
1945. Son éducation fut principalement autodidacte : il
partage une double passion pour la peinture et la musique qu’il
découvre grâce à la radio et le piano qui
lui est enseigné par une amie de la famille. À Athènes,
il n’a que peu d’information sur l’avant-garde
européenne, mais se nourrit de la lecture de partitions
du répertoire, entend quelques pages de Schoenberg, Bartok
et Stravinsky et reçoit comme un choc les premières
expériences concrètes de Schaeffer et Henry. En
1963, il s’installe à Paris pour y poursuivre ses
études musicales et décide définitivement
d’abandonner la peinture. Il y rencontre le milieu de la
création par l’intermédiaire du Domaine Musical
et des concerts à la Maison de la Radio. Ses premières
oeuvres sont ainsi marquées d’une part par le sérialisme
et d’autre part par les recherches de Xenakis. Il mène
depuis lors une carrière originale et indépendante,
partageant son activité entre l’écriture instrumentale,
ou vocale, le théâtre musical et l’opéra.
En 1976, Georges Aperghis fonde l’Atelier Théâtre
et Musique (Atem). Avec cette structure, il renouvelle sa pratique
de compositeur en faisant appel à des musiciens aussi bien
qu’à des comédiens : ces spectacles s’inspirent
de faits sociaux transposés dans un monde poétique,
parfois absurde ou teinté de satire.
L’année 2000 avait été marquée
par deux créations importantes, qui ont circulé
à travers toute l’Europe : Die Hamletmaschine-Oratorio,
sur un texte de Heiner Müller, et le spectacle musical
Machinations, commande de l’Ircam, qui s’est vu
décerner par la Sacem le Prix de la meilleure création
de l’année. Il a récemment composé
Dark Side, pour l’EIC et Marianne Pousseur, d’après
l’Orestie d’Eschyle et créé Avis
de tempête le 17 novembre 2004 à l’opéra
de Lille avec l’ensemble Ictus, Donatienne Michel-Dansac
et Lionel Peintre.
Compositeur prolixe, Georges Aperghis construit, avec une
invention jamais tarie, une oeuvre personnelle qui défie
les classifications : sérieuse et empreinte d’humour,
attachée à la tradition autant que libre des
contraintes institutionnelles, il sait ouvrir des horizons
inespérés de vitalité et d’aisance
à ses interprètes et réconcilie habilement
le sonore et le visuel.
Catherine Maximoff est musicienne
et a collaboré à la programmation artistique de
plusieurs festivals. Elle se consacre aujourd’hui entièrement
à l’écriture de scénarios et à
la réalisation de films sur la musique et la danse. |
 Dimanche 16 juillet
Documentaire - Le miel n'est jamais
bon dans une seule bouche
|
|
Film de Marc Huraux
Producteurs : Les Films d’Ici
Partenaires : La Sept Arte, Paris Première, Canal +
Horizon, RM Associate, MAE, Procirep, CNC.
Avec le soutien de la Sacem
2000
Durée : 90 minutes
|
Ali Farka Touré,
qui vient de disparaître, était né dans
le village de Kanau près du fleuve Niger au Mali. Il
avait été souvent comparé à John
Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou Big Joe Williams.
Autodidacte, son éducation se déroule principalement
aux champs. La musique très présente au sein de
la communauté familiale ne laissait pas l’enfant
indiffèrent. Né dans une famille noble de l’ethnie
Songhaï, il n’aurait pas dû devenir musicien.
À 17 ans, il est d’ailleurs apprenti chauffeur. C’est
à cet âge pourtant qu’il se fabrique une diurkel,
guitare à une corde et commence à jouer. C’est
pour cela, autant que parce qu’il a survécu à
ses neuf frères, morts très jeunes, qu’Ali
porte bien son surnom : Farka, « la résistance ».
Le jeune Ali se passionne pour les instruments de la tradition
: outre le diurkel, il pratique le njarka, une sorte de violon
monocorde, la flûte peul ou le luth à quatre cordes.
Il se forme aussi à la guitare avec son maître, Mamby
Touré.
Sa rencontre avec l’écrivain malien Amadou Hampaté
Ba aiguise son goût de l’écriture. À
l’instar d’un Bartok ou d’un Seygoun, l’écrivain
et le jeune musicien parcourent le pays un Nagra à la main
pour recueillir nombre de sources musicales traditionnelles.
Ali Farka Touré chante le Mali, ses hommes et ses femmes,
la cohésion sociale, la solidarité et le travail.
La musique d’Ali fait partie de ce voyage au fin fond d’un
Mali rural qui se débat avec la sécheresse. Le musicien
dévoile sa sagesse – « celui qui fait du bien
reçoit toujours du bien » –, sa philosophie
de la générosité – « même
une petite pomme, tu peux la partager en dix parts » –,
révèle les relations qu’il entretient avec
les djinn (les esprits du fleuve Niger) et martèle son
souci principal : arriver à l’autosuffisance alimentaire
car « quand on a faim, on ne pense à rien ».
C’est pourquoi il a passé ses dernières années
plus de temps sur ses terres de Niafunké à cultiver
riz et légumes que sur scène. Pour ce grand artiste,
l’axe du monde ne passait pas par les États-Unis,
ni par Londres ou Paris, mais plutôt quelque part dans le
‘Cercle’ de Niafunké, ce carrefour fluvial
de la Boucle, où tant de peuples se côtoient depuis
la nuit des temps.
Marc Huraux, féru
de musique a réalisé plusieurs documentaires sur
le monde musical qu’il affectionne et connaît intimement
: portrait du saxophoniste Charlie Parker dans Bird Now évoquant
l’expérience des artistes noirs dans les années
quarante, ou encore en 1989, Check the changes où il explore
les scènes éclatées du jazz des années
Reagan, à New-York. |
 Mercredi 19 juillet
Fiction - Chronique d'Anna Magdalena
Bach
|
Film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet
Production : Franz-Seitz, Kuratorium
Archive : Cinémathèque française
Allemagne-Italie
1967
Durée : 93 minutes |
Hormis
quelques laborieuses fictions télévisuelles en
costumes, il n’existe pas de long métrage de fiction
inspiré de la vie de Jean-Sébastien Bach. Mais
peut-on entreprendre un projet de fiction sur Bach après
l’exceptionnelle réussite du film de Jean-Marie
Straub et Danièle Huillet ? Il faut souligner à
quel point cette réussite, la référence
par excellence des films consacrés à un musicien,
tient à la connivence particulière de l’acteur-interprète
Gustav Leonhardt.
Ce dernier dans un entretien donné en 1999 évoquait
ainsi sa collaboration au film : « Lorsque Straub m’a
choisi pour sa Chronique d’Anna Magdalena Bach, je ne savais
rien de lui. Il m’a téléphoné et j’ai
pensé qu’un film sur Bach serait aussi effrayant
que tous les films sur la musique que j’avais déjà
vus. Puis j’ai lu le scénario et alors là,
chapeau bas ! C’était un scénario tout à
fait sérieux, pensé et fondé historiquement.
Je fus tout de suite gagné par le projet de ce réalisateur
qui avait la même approche respectueuse que moi. Ce que
je trouvais normal, Straub le trouvait aussi. Il est un cas unique
dans le monde du cinéma. Il reste que ce film fut une belle
expérience musicale. » (propos recueillis par Cornelia
Geiser)
Le film va du mariage avec Anna Magdalena, en 1721, jusqu’à
la mort de Jean-Sébastien en 1748. Le micro est placé
où se trouve la caméra. Chaque morceau de musique
est filmé en une seule prise. « Un attrait du film,
annonçait Jean-Marie Straub avant le tournage, consistera
à montrer des gens en train de faire de la musique, nous
montrerons des gens qui accomplissent réellement un travail
devant la caméra ». Un morceau de chaque genre que
Bach a écrit, ainsi que de chaque période a été
choisi mais, toujours en fonction du rythme du film. « L’adéquation
entre le morceau de musique choisi et le rythme du film doit être,
à chaque instant, totale dans la construction » précisait-il
par ailleurs.
Jean-Marie Straub
et Danièle Huillet s’imposent en 1967, avec
la Chronique comme les principaux représentants d’un
nouveau cinéma remettant en cause les schémas narratifs
et esthétiques traditionnels. Ils filment en plans fixes
ou longs travellings des textes adaptés d’oeuvres
littéraires ou d’opéras. Après la vie
de Jean-Sébastien Bach, Straub et Huillet adaptent Pierre
Corneille dans la Rome contemporaine avec Othon. Cet art de la
distanciation se retrouve également dans leurs deux films
suivants, Leçon d’histoire et Moise et Aaron, où
les cinéastes s’interrogent sur la société
contemporaine à travers des personnages ou des mythes historiques.
Si leurs films n’ont jamais touché le grand public
et ne rallient pas l’ensemble de la critique, Straub et
Huillet sont considérés comme des cinéastes
majeurs de la deuxième partie du xxe siècle. |
Dans
le cadre de la Journée Baroque
 Jeudi 20 juillet
Fiction - Ludwig
van
|
Film de Mauricio Kagel
WDR, Allemagne
1969 |
|
Après
Anthithèse réalisé en 1965-1966 et divers
tournages d’exécutions de ses oeuvres (Match,
Hallelujah), Mauricio Kagel revient en 1969 au cinéma
avec son Ludwig van conçu comme une contribution à
l’année Beethoven et un hommage au compositeur.
Dans cette période, Kagel dirigeait largement son travail
vers une sorte de déconstruction de la tradition (Bach,
Beethoven, Brahms), à laquelle il intégrait
des formes de musique de variété.
Ludwig van souligne, par l’ambition de sa version cinématographique,
l’invention multi-forme de Mauricio Kagel, au-delà
du concert traditionnel, dans les genres de la scène,
du cinéma et de la radio.
Le film produit par la WDR de Cologne est très volontairement
ironique, décalé, dérangeant, irrespectueux.
Le film est constitué d’une série de scènes,
sans liens apparents entre elles. Au début, nous sommes
en présence d’un Beethoven atteint par sa célèbre
infirmité et représenté de manière
subjective, le spectateur étant peut-être le
compositeur. Le film montre des lieux où Beethoven
a vécu : son bureau, sa cave, son grenier, sa salle
de bain, sa cuisine…
Kagel s’est associé des plasticiens importants
de sa génération, tous proches de l’esprit
de son travail : Robert Filliou, Dieter Roth, Joseph Beuys,
Stefan Wewerka. Chacun a conçu et réalisé
une pièce de cette< maison natale imaginaire.
Le ton est donné : il ne s’agit ni d’un
reportage documenté, ni d’un film biographique.
Kagel provoque, désacralise, critique, amuse.
On assiste ensuite à un sorte de débat inepte
sur la musique du maître ; à une parodie d’évaluation
des capacités physiques, morales et psychiques de la
musique de Beethoven sur les interprètes, et beaucoup
d’autres séquences cocasses selon une technique
très maîtrisée, et ludique, d’un
double collage, de sons et d’images. Pour exécuter
la musique de ce film, Mauricio Kagel avait choisi un petit
groupe d’excellents instrumentistes.
Mauricio Kagel, né
en 1931 à Buenos Aires, s’installe en 1957 à
Cologne où il crée deux ans plus tard le Kölner
Ensemble für Neue Musik, et entre 1969 et 1975, dirige
les Cours de musique nouvelle, à Cologne. Depuis 1974,
il occupe la chaire de théâtre musical, ouverte
pour lui à la Hochschule für Musik. Il dirige
ses propres compositions.
Il est celui qui aura su briser avec la plus grande efficacité
les conventions et les habitudes auditives, mais que de longues
histoires personnelles relient à la tradition. Mauricio
Kagel est l’auteur de nombreuses compositions pour orchestre,
voix, piano et orchestre de chambre, oeuvres scéniques,
de dix-sept films et de onze pièces radiophoniques.
Il a reçu récemment le prix Erasmus.
Sur le film Voici comment le
compositeur et musicologue d’origine chilienne, Juan
Allende Blin, décrivait Ludwig van quelques années
après sa réalisation : Dans le film, il n’y
a pas une note qui ne soit de Beethoven, mais Kagel et ses
interprètes lui ont donné un autre sens en changeant
son contexte, bien plus, ils nous font redécouvrir
et vérifier les qualités exceptionnelles de
la musique de Beethoven, puisqu’elle ne souffre pas
d’une détérioration, mais au contraire
nous fait entendre maints aspects inconnus d’une rare
beauté… (Musique en jeu, no 7/mai 1972) |
Dans le cadre de
la Journée Beethoven
 Vendredi 21 juillet
Documentaire - Graine
de Jazz
|
Film
de Stéphane Ghez
Productions Jack Febus et Stéphane Ghez
Avec le soutien de la Sacem
2006
Durée : 52
minutes |
Stéphane
Ghez évoque son film dans les termes suivants :
« En Afrique, terre de tradition orale, on dit qu’un
vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle
; je tente aujourd’hui de sauver ces quelques pages de l’incendie
du temps.
Ce film est un outil de mémoire d’une histoire en
péril d’oubli : celle du débarquement du jazz
en Afrique dans les années 40, ce moment unique où
les Africains ont découvert une musique à la fois
tellement nouvelle et incroyablement familière.
De ces années pendant lesquelles jazz et Afrique se sont
pour la première fois rencontrés, il n’existe
aucun écrit, quelques rares enregistrements, des photos
jaunies et, surtout, la parole de témoins vieillissants.
Ils sont sénégalais, musiciens, ils avaient 20 ans
dans les années 40 et se sont enflammés pour cette
musique.
J’ai recueilli leur parole et suis parti à la recherche
de tout indice permettant de retracer une page ignorée
de l’histoire africaine du jazz.
Mon parti pris est de tourner des pages de ce récit, à
Saint-Louis. Cette ville, à l’embouchure du fleuve
Sénégal, sur les rives de l’Océan Atlantique,
est à la croisée des destins du jazz et de l’Afrique.
Ses murs jaunis, ses balcons en fer forgé, son architecture
coloniale, témoignent à eux seuls d’une époque
révolue.
Pendant quatre années, je suis retourné à
Saint- Louis le temps du festival, caméra à la main.
Voyage initiatique qui a commencé par une envie de documentaire
sur le jazz et l’Afrique. Mais plus j’allais sur place,
plus mon idée première évoluait. J’en
suis arrivé à vouloir raconter ce lent cheminement
de la pensée, les rencontres, les balances d’avant
concert, les jam’s sessions d’après. Voici
ma plongée dans la mémoire d’une ville, telle
une enquête aux sources de cette passion pour le jazz qui
m’unit à chacun des acteurs de ce film.
Au fil des rencontres, un paradoxe m’est apparu : on affirme
que le jazz vient d’Afrique. Pourtant, pour le peuple de
Saint-Louis, comme pour bien des Africains, c’est une musique
de blancs.
Le jazz est-il réellement ce lien unissant un peuple qu’un
océan de souffrances a séparé ?
Aujourd’hui le festival de Saint-Louis traverse une crise
qui est aussi celle du jazz sur le continent africain. Ce n’est
pas un hasard car finalement, le jazz est-il vraiment connu et
apprécié des Africains qui adhèrent plutôt
à d’autres formes de musique (mbalax, rap…)
?
Quel est l’intérêt d’un tel festival
en Afrique ? Ce documentaire tente aussi d’apporter une
réponse à cette question ».
Stéphane Ghez est journaliste,
rédacteur et reporter d’images. Graine de Jazz est
son cinquième film en tant que réalisateur-documentariste.
|
 Samedi 22 juillet
Documentaire - Together with Sonny
Simmons
|
Film de François
Lunel
Un film de François Lunel Coproduction Images Plus Epinal,
CNC, PROCIREP, SCAM.
Avec le soutien de la Sacem
2006
Durée: 52 minutes |
Sonny
Simmons vit à Paris depuis quelques années parmi
la communauté des musiciens américains établis
en France.
Entre de rares concerts et les cours qu’il donne à
quelques étudiants, il passe la plus grande partie de
son temps à composer de la musique. Sonny Simmons s’interroge
sur son passé difficile aux États- Unis.
Exclusion, drogue et racisme peuplent ses souvenirs. À
soixante-dix ans, il pose sur son oeuvre et sur sa vie un regard
à la fois amer et lucide, sans jamais cesser de croire
à l’importance de sa musique dans l’histoire
du jazz et en continuant à lutter pour sa survie.
En Europe aussi, le jazz est l’affaire de quelques inconditionnels
et la situation de la plupart des musiciens reste fort précaire.
Le réalisateur François Lunel ajoute : «
Ce documentaire veut montrer une sensibilité à
fleur de peau, celle de Sonny Simmons, musicien maudit, mis
au ban malgré un passé musical n’ayant d’égal
que son extraordinaire capacité à produire et
à donner du plaisir.
Ce sera aussi le récit d’un combat entre la réalité
de la solitude et le rêve d’une communauté
retrouvée. Communauté physique, morale et spirituelle
entre les hommes.
“Où êtes vous ?”, demande Sonny. “Où
allez vous ? Pourquoi êtes vous dispersés ?”
Entre cette souffrance au contact d’un réel fragmenté
et l’espoir d’une vie meilleure pour tous, aucune
autre solution pour lui que de composer et de jouer de la musique.
C’est par elle qu’il fait le lien, d’abord
par ce qu’elle porte de force spirituelle, ensuite pour
sa capacité unique à réunir les hommes,
le temps d’un concert, ou d’une vie. Sonny Simmons
trace ces liens, laisse des énergies. Et moi, je l’ai
suivi, avec pour objectif de filmer ce lien. »
François Lunel
a étudié le cinéma à l’Université
Paris VIII. Parti à Sarajevo en 1992, il assiste le cinéaste
Ademir Kenovic pour la réalisation de trois documentaires.
À 25 ans, il met en scène son premier long métrage
de fiction, Jours tranquilles à Sarajevo, pour lequel
Sonny Simmons avait écrit la musique. |
 Dimanche 23 juillet
Fiction - Novecento : pianiste
|
Film de Frank Cassenti
d’après l’oeuvre d’Alessandro Baricco
Interprétation : Jean-François Balmer
Musiciens : Archie Shepp et Aldo Romano
Production : Breakout Films
Avec le soutien de la Sacem
2004
Durée : 90 minutes |
|
«
Né lors d’une traversée sur un transatlantique
pendant l’entre-deux-guerres, Novecento, à trente
ans, n’a jamais mis le pied à terre. Naviguant
sans répit, il passe sa vie les mains posées
sur les quatrevingt- huit touches noires et blanches d’un
piano, à composer une musique étrange et magnifique
qui n’appartient qu’à lui : la musique
de l’océan.
L’histoire de Novecento, écrite par le grand
écrivain italien Alessandro Baricco, est intemporelle,
elle est racontée sur un bateau par un ancien trompettiste
(Jean-François Balmer) qui en improvise les péripéties
comme s’il s’agissait d’un long chorus de
jazz, illustrées par les interventions et compositions
d’Archie Shepp...
Pour Baricco, il s’agit d’un « texte qui
est à mi chemin entre une vraie mise en scène
et une histoire à lire à haute voix. Je ne crois
pas qu’il y ait un nom pour des textes de ce genre.
Peu importe, l’histoire me paraissait belle, et valoir
la peine d’être racontée. »
C’est ce challenge de filmer un texte qui ne se situe
pas dans un genre défini qui m’a enthousiasmé.
Un texte qui, par ailleurs, me touche particulièrement,
puisqu’il s’agit de la vie d’un musicien
de jazz et que j’ai eu l’occasion à travers
mes films de rencontrer des musiciens qui étaient tous
des facettes de Novecento, le héros de Baricco.
Je pense à Michel Petrucciani ou Miles Davis. Les lieux
: un bateau, un hangar, un port, une salle de bal, la salle
des machines, en pleine mer ; autant d’espaces rêvés
par le narrateur qui n’appartiennent qu’à
son imaginaire. Le lien entre les différents «
décors » se faisant par la musique, in et off,
à partir des musiciens qui en rythment la narration
J’ai eu le plaisir de mettre en scène Novecento
avec des musiciens différents, entre autres Archie
Shepp, cette légende du jazz qui a tout de suite été
inspiré par cette dimension de l’imaginaire que
suscite le texte.
Archie Shepp est donc présent sur scène, acteur
et musicien. Acteur par l’intensité de sa présence
et musicien puisqu’il intervient comme chanteur de blues,
pianiste et saxophoniste.
Filmer Novecento, c’est sortir des sentiers battus de
la captation théâtrale qui souvent aplatit le
texte. Il s’agit ici d’inventer pour laisser travailler
l’imaginaire du spectateur. Inventer des lumières
qui suggèrent l’intemporalité et qui découpent
les espaces, ceux du bateau, du quai, de la salle de bal.
Rien ici n’est réaliste. Il s’agit bien
sûr d’inventer un filmage fluide comme les mots
du texte. La caméra s’arrête sur un regard,
une expression et repart, laissant la musique prendre le relais.
La caméra revient sur l’acteur qui, soudain,
se confie comme s’il s’agissait d’une interview.
Les modes de narration se croisent et se télescopent
comme les différents tableaux du texte, parfois réalistes
et parfois rêvés.
La bande-son est un élément essentiel du filmage.
Tout d’abord les musiques qui font glisser les séquences
entre elles en passant du présent au passé.
Ensuite, les ambiances sonores des villes. New-York, Rio de
Janeiro, Hambourg, Londres… Autant de climats différents.
Les ambiances en mer, avec cette vibration sourde qui monte
de la salle des machines. Les tempêtes, les ambiances
feutrées de la salle de bal. Toutes ces bandes sons
plus ou moins réalistes participent à recréer
l’atmosphère de ce texte étrange qui est
aujourd’hui un texte culte que s’approprient Jean-
François Balmer et Archie Shepp. »
Frank Cassenti
Frank Cassenti est réalisateur
pour le cinéma et la télévision. Il est l’auteur
de nombreux portraits sur les grands jazzmen de notre temps (Miles
Davis, Dizzy Gillespie, Duke Ellington, Michel Petrucciani, Richard
Galliano…) qui ont obtenu de nombreuses distinctions internationales.
En septembre 2000, il crée à Paris Novecento d’après
Alessandro Baricco avec Jean-François Balmer, musique d’Aldo
Romano, dont il réalise ensuite une version pour le cinéma.
Il a fondé et dirige le Festival de jazz de Porquerolles,
dans le Var. |
Dans le cadre de
la Journée Jazz
 Mercredi 26 juillet
Documentaire - Louis Sclavis : C comme
clarinette
|
Film d'Yves de Peretti
Écrit par Philippe Gumplowicz et Yves de Peretti
Production : Atmosphère Communication et la SEPT ARTE
1991
Durée : 49 minutes |
| Louis Sclavis
est né en 1953 à Lyon. Il a appris la clarinette
dès 1962, d’abord dans une harmonie de quartier puis
au Conservatoire de Lyon. De 1975 à 1988, il a joué
avec le Workshop de Lyon, le Marvelous Band et la Marmite Infernale.
Il rencontre alors Didier Levallet, Michel Portal, Bernard Lubat,
joue avec le Brotherhood of Breath de Chris Mac Gregor et le quartet
d’Henri Texier. En 1982, il montait son premier groupe «
le Tour de France » avec six autres musiciens originaires
de différentes régions : Gérard Siracusa,
Yves Robert, Beñat Achiary, Philippe Deschepper, Michel
Doneda et Alain Gibert. Il enregistre en 1984 un premier disque
solo, Clarinettes chez Ida records et monte un quartet avec Bruno
Chevillon, Christian Ville et François Raulin avec lequel
il s’est produit dans les principaux festivals français
et étranger élaborant de nombreux special projects.
II enregistre avec ce groupe augmenté du violoniste Dominique
Pifarely deux disques : Chine (1987) pour Ida Records et Rouge
(1991) pour ECM Records. Sa collaboration avec ce prestigieux
label européen se poursuit avec des projets très
ambitieux : Les violences de Rameau (1996), L’affrontement
des prétendants (2001), Dans la nuit (2002) et Napoli’s
walls (2003). Il joue avec le trio Romano-Sclavis-Texier et à
l’issue de longues tournées en Afrique, il enregistre
avec cette formation, pour Label Bleu, Suite africaine (1999),
Carnet de routes (2000), African flashback (2005).
Il avait reçu en décembre 1996, le Grand Prix National
de la Musique décerné par le Ministère de
la Culture. Il a composé la musique du film de Bertrand
Tavernier, Ça commence aujourd’hui et celle de Kadosh
d’Amos Gitaï.
Yves de Peretti : « Lorsque
nous avons tourné ce portrait avec Philippe Gumplowicz,
nous voulions montrer un musicien « en train de devenir
une star ». C’était un moment important
de sa carrière, il venait de signer avec le label munichois
ECM qui lui ouvrait la porte d’une carrière internationale.
Nous cherchions ce « je ne sais quoi » qui l’élevait
au-dessus de la mêlée, comme on dit qu’un
acteur « accroche la lumière ». Nous avons
filmé la « méthode » Sclavis : hyperactivité
– c’était le musicien français de
jazz qui travaillait le plus –, goût des rencontres
et des aventures musicales, gentillesse, fidélité
en amitié, aisance à gérer les partenariats
avec les autres arts – il avait entamé une prolifique
complicité avec la chorégraphe Mathilde Monnier
–, faculté aussi de montrer toujours son meilleur
profil. Nous l’avons suivi de concert en concert, de
rencontre en rencontre, pendant six mois environ. Nous avons
sympathisé. Nous voyagions avec lui et ses musiciens,
nous partagions blagues et moments d’intimité.
Mais je me souviens qu’à chaque fois que j’allumais
la caméra, je croisais le regard de Louis. Il savait
toujours quand ça tournait ! » (Avril 2006) |
 Jeudi 27 juillet
Documentaire - Julia Varady ou le
chant possédé
|
Film de Bruno Monsaingeon
Production : Idéale audience, Imalyre-Groupe France Télécom,
La Sept-Arte.
Participation : CNC, Mezzo, Procirep, Ministère de la Culture
et de la Communication (DMDTS).
1998
Durée : 55 minutes |
Le film évoque
trente-cinq ans de carrière d’une artiste d’exception.
Julia Varady a pratiquement tout chanté (Mozart, Puccini,
Verdi, Wagner, Strauss, Bartok) et interprété près
de soixante-dix rôles, essentiellement au Deutsche Opera de
Berlin, à Covent Garden, au Wiener Staatsoper et à
la Scala.
Tandis que le film illustre cette fécondité artistique,
elle évoque sa jeunesse dans la Roumanie de Ceaucescu, son
ardent désir de chanter, son départ pour l’Allemagne,
son engagement dans le travail, ses rencontres artistiques, celle
de son mari, le grand baryton Dietrich Fischer-Dieskau.
Parce qu’elle est restée peu connue du grand public,
notamment français, Le Chant Possédé révèlera
à ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de la voir
ou de l’entendre l’une des personnalités vocales
les plus fascinantes de notre temps. Pour Julia Varady, le chant
est d’abord une sensation physique : « un sombre nuage
» qu’elle échauffe au réveil, qu’elle
sculpte, entre autres, par un travail constant sur les lieder. D’où
un rapport presque mystique au chant, allié à une
connaissance très précise des rôles qu’elle
a incarnés, qui l’a fait se heurter parfois violemment
aux metteurs en scène. L’artiste a décidé
de quitter la scène en 1998, l’année du tournage
de ce portrait, document rare qui restitue tout son charisme et
son engagement passionné.
Bruno Monsaingeon Écrivain, musicien, réalisateur,
il est depuis plus de 20 ans, l’auteur de nombreux films musicaux.
On lui doit des portraits de musiciens du xxe siècle, dont
Nadia Boulanger, Rojdestvensky, Oistrach, Richter, Menuhin et bien
sûr, Glenn Gould. |
 Vendredi 28 juillet
Documentaire - Wayne Shorter, Live
in Paris
|
Film de Marie-Pierre Jaury et Michel Delorme
Coproduction : ARTE France, Point du Jour
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 43 minutes |
«Wayne
Shorter est le plus grand compositeur vivant depuis la mort de
Duke Ellington”, affirmait clairement Stan Getz, en évoquant
le musicien.
En fait, ce fut un handicap. Car il était difficile pour
un saxophoniste d’être reconnu aussi pour son travail
sur le thème et la forme dans une époque irradiée
par l’improvisation. Pourtant, Wayne Shorter a écrit
pour les plus grands : les Jazz Messengers de Art Blakey, Miles
Davis, le groupe Weather Report avec Joe Zawinul et Jaco Pastorius.
Shorter, un “homme d’à côté”,
pour paraphraser Truffaut et une histoire d’amour fou et
pour dire à quel point il fut longtemps considéré
comme un musicien de l’ombre, le “souffleur de rêves”
ou “l’extraterrestre” comme le soulignait Miles
Davis à l’époque où ils jouaient ensemble
(“Wayne Shorter est dans son propre avion en orbite autour
de sa propre planète !”).
Wayne Shorter n’est pas un musicien, c’est autre chose
! La première fois que je l’ai entendu, ce fut un
choc, une révélation.
Libre et follement aérienne, sa musique m’a transportée.
Wayne Shorter restitue la musique, la transforme, l’invente.
Il est sa musique ! Et l’on ne peut pas parler de sa musique
sans évoquer le personnage. Il évolue dans une sorte
d’ambiance cotonneuse, parsemée de rêves bizarres.
À la différence des autres musiciens, Wayne Shorter
nous offre une vision du monde, où plutôt de son
monde, dont les clefs sont souvent musicales.
Les changements d’humeur dans son jeu sont instantanés.
Ses compositions, comme ses solos admirablement ciselés,
ont fait de lui l’explorateur d’un univers onirique
et intemporel.
À l’occasion de sa semaine passée à
la Cité de la Musique en janvier 2004, nous l’avons
filmé avec différentes formations comme en duo avec
Herbie Hancock, avec l’Orchestre de Lyon ou encore avec
son quartet. »
Marie-Pierre Jaury s’est
essentiellement consacrée aux films sur la musique ; elle
a notamment réalisé La messe selon St-John Coltrane
(histoire d’une église à San Francisco, vouant
un culte au saxophoniste) et Basse contre Basse (une histoire
de cet instrument à travers ses musiciens).
Michel Delorme est journaliste
et critique de jazz. Il a été directeur artistique
dans diffèrentes majors du disque. Il est en complicité
amicale avec la plupart des musiciens de jazz. |
 Samedi 29 juillet
Documentaire - Karlheinz Stockhausen
"Momente"
|
Film de Luc Ferrari et Gérard Patris
Collection Les Grandes Répétitions
Archives INA 1966
Durée : 46 minutes |
En dehors de la
prise de son, pratique quotidienne et virtuose, de la composition
de musiques pour le cinéma (dès 1960), du Hörspiel
dont Luc Ferrari a été l’un des rares militants-pionniers-inventeurs
dans le paysage musical français, une des facettes de ce
personnage extrêmement inventif réside dans son rapport
à la fois maîtrisé et habile à l’image
et au reportage. Dès 1964, le compositeur co-réalisait
un cycle d’émissions internationales pour la télévision.
L’année suivante, il est l’auteur et le réalisateur,
avec Gérard Patris, d’une série documentaire
sur la musique contemporaine pour le compte de la RTF. Toutes tendances
et esthétiques confondues, ces mythiques Grandes Répétitions
aujourd’hui restaurées, présentaient pour la
première fois à la télévision des oeuvres
d’Olivier Messiaen (Et Expecto resurectionem mortuorum) et
d’Edgar Varese, des images et des témoignages en action
de Cecil Taylor et d’Hermann Scherchen et ce film consacré
aux Momente de KarlHeinz Stockhausen où l’on voit le
compositeur répéter avec l’orchestre la création
de cette oeuvre majeure de notre modernité. Artisan découvreur,
Ferrari ne trouva sans doute pas ensuite dans les conditions de
la télévision d’alors le contexte institutionnel
favorable à la poursuite de cette expérience de documentariste.
Luc Ferrari aimait avant tout essayer autre chose, changer de terrain,
se et nous surprendre. Hormis la réalisation de quelques
autres films, il expérimentera ensuite des oeuvres inclassables,
des performances ou des installations où la relation à
l’image demeure un élément constitutif, majeur,
qui récuse tout formatage ou académisme : Chansons
pour le corps (1988-1994), Cahier du soir (1991-1992) ou encore
le Cycle des souvenirs (1995- 2000) pour 6 lecteurs CD et 4 projecteurs
vidéo. Peu avant sa disparition en août dernier, le
compositeur était revenu au cinéma comme sujet et
acteur du film que lui consacraient Jacqueline Caux et Olivier Pascal,
Presque Rien avec Luc Ferrari, ultime et tonique témoignage.
Gérard Patris, Co-auteur
de la série Les Grandes Répétitions avec
Luc Ferrari, il a réalisé de nombreux documentaires,
notamment un portrait de Mstislav Rostropovitch.
Il avait reçu le Prix Télévision de la Scam
pour l’ensemble de son oeuvre en 1990. |

Salle Einstein - Le Corum
|