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LES PROJECTIONS DE FILMS PENDANT LE FESTIVAL



Projections suivies de rencontres-débats
Salle Einstein à 15h - Le Corum
Entrée libre


Le Festival organise comme chaque année en collaboration avec la SACEM des projections de Films et documentaires musicaux.

Les musiques d’aujourd’hui, les compositeurs contemporains, les interprètes majeurs sont depuis les origines de la télévision les sujets de documents filmés. Le documentaire sur la musique constitue depuis les années cinquante du siècle dernier une forme d’oeuvre en soi, avec ses codes, ses spécialistes, ses réseaux, ses conditions particulières, souvent précaires, de financement et de diffusion.

Evidemment, ces films n’ont rien d’objectif, mais ils permettent, au moyen de la caméra et grâce au regard imaginatif des cinéastes, d’appréhender la vie et les pratiques des musiciens aux prises avec les réalités souvent passionnantes, quelquefois anecdotiques, mais toujours mystérieuses de leurs métiers.

Les films proposés ont fait cette année la part belle aux improvisateurs, aux musiciens de jazz, comme un juste retour des choses pour un type de musique qui a depuis toujours profondément imprégné le cinéma de fiction et son histoire.
Par ailleurs, nous n’avons pas cherché à nouer des liens systématiques avec la programmation des concerts ; nous espérons toutefois que le spectateur attentif trouvera dans ces films quelques échos ou connivences qui ne sont pas dus tout à fait au hasard. Il importera enfin de s’interroger, avec les auteurs et réalisateurs présents aux projections, sur les manières de traiter aujourd’hui les musiques d’autrefois et de trouver les voies possibles pour entendre et voir toutes celles d’aujourd’hui, pour les comprendre et partant, les mieux aimer.

Pendant les 3 journées spéciales dédiées respectivement à la musique baroque, à Beethoven et au jazz, des projections sur ces thèmes auront lieu.



Mercredi 12 juillet 2006
Documentaire - Claude Nougaro : c'est fini ou ça commence ?


Film de Jean-Thomas Ceccaldi

Ecrit par Jean-Thomas Ceccaldi et Didier Varrod
Une co-production : Program33 et Blue Note
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 54 minutes

Claude Nougaro fut un artiste visionnaire qui, tout au long de sa carrière, osa l’alliance des rythmes les plus divers (musique africaine, jazz ou java, Bossa Nova) et la musique de l’alexandrin, pulsation propre à la langue française.
Il a su traverser, sans réelles éclipses, les époques en bousculant les schémas classiques, en recherchant toujours des pistes nouvelles et en se tenant prêt à se mettre sans cesse en question. Sa démarche courageuse lui a donné le privilège rare de toucher un public large et qui traversait plusieurs générations.
Il a donné à la chanson un statut de véhicule de la modernité en lui donnant une vraie légitimité, qui vient du mot, de cette langue française dont on a dit bien à tort qu’elle ne résonnait pas.
Si la chanson française existe si fortement aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à lui. Nougaro est « la voix royale », une voix puissante, singulière et rythmique. À ce titre, il peut être légitimement rapproché d’un autre monument de la chanson : Serge Gainsbourg.
Ce n’est donc pas surprenant si les ambassadeurs de la nouvelle scène française le citent presque tous comme référence.
Ce n’est pas non plus un hasard si beaucoup d’artistes (Sanseverino, Zebda, Kool Shen) ont salué avec une émotion vraie le grand artiste au lendemain de sa mort, en mars 2004.

Voici un film qui lui est consacré, pour l’écouter parler sa langue. À travers des images d’archives, on pourra goûter cette java des mots, ce cheminement généreux qui lui valut si longtemps l’affection et la célébrité populaires.
Ce film ne retrace pas la vie et la carrière de l’artiste. De l’artiste des débuts à l’homme combatif des mois ultimes et de la difficile confrontation avec la maladie, ce film veut surtout donner à voir, à entendre et comprendre Nougaro. D’où il venait, où il allait et par quels chemins…
Il ne s’agit donc pas d’un documentaire de plus sur un chanteur de plus. C’est une odyssée dans la syncope des mots, une traversée du désir. Ce film est là pour lui rendre ce qu’il avait offert.

Jean-Thomas Ceccaldi est journaliste-reporter et réalisateur depuis 15 ans. Il a travaillé notamment au Rwanda et en Yougoslavie. Ses films ont reçu de nombreuses distinctions.

Didier Varrod est producteur et animateur d’Électron libre sur France Inter. Il a produit des documentaires sur Renaud, Julien Clerc, Véronique Sanson. Il vient de publier chez Fayard/Chorus une biographie de Daniel Balavoine.


Jeudi 13 juillet
Documentaire - A la recherche de Pierre Boulez

Film de Gérald Caillat
Production : France 5, P.B. Productions
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 52 minutes

Compositeur majeur de notre temps, chef d’orchestre adulé, écrivain, pédagogue, éveilleur de talents, agitateur, homme de pouvoir – et de contrepouvoir – voici quelques facettes d’un personnage multiple dont ce documentaire propose un portrait, l’année de son 80e anniversaire.
Pierre Boulez est une figure musicalement respectée dans le monde entier depuis près de 60 ans. Respecté il l’a toujours été, même par ses adversaires, tout comme il a été souvent controversé. Ses prises de positions pour changer radicalement la politique musicale, les rituels du concert, la religion de « l’authenticité », les carences de notre vie musicale – entre autres – ne lui ont pas fait que des amis. Il n’en a cure. On dirait même que cela le stimule dans sa liberté de parole ; une parole qui est présente et forte dans ce documentaire pour lequel il a accordé à Pierre Bouteiller le seul entretien télévisuel à l’occasion de cet anniversaire.
Un film pour mieux connaître ce « contemporain capital » que le réalisateur Gérald Caillat, spécialiste du documentaire musical a suivi en concert et en répétition, à Paris, et à New-York. Des éclairages divers enrichissent ce portrait à travers le témoignage d’Hélène Grimaud, ceux de Patrice Chéreau (Lulu, la Tétralogie), de son ancien collaborateur à l’Ircam, Laurent Bayle (aujourd’hui directeur de La Cité de la musique et de la Salle Pleyel) et d’un interprète proche, Pierre-Laurent Aimard.

Aussi, même s’il ne prétend pas être exhaustif, ce portrait contribue à faire mieux connaître cet « Homme d’ordre révolutionnaire ». Un homme tout simplement.

Vendredi 14 juillet
Documentaire - Barney Wilen, the rest of your life


Film de Stéphane Sinde

Produit par Nord-Ouest Documentaires, en coproduction avec ARTE France
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 56 minutes

Stéphane Sinde écrit: " La première fois que j’ai entendu parler de Barney Wilen, c’était par Marie Möör, sa dernière compagne. Barney était mort depuis 2 ans, elle en avait passé 10 avec lui. Nous avions le même âge, Marie et moi, et elle était déjà riche d’un passé qui me semblait un peu anachronique avec sa génération.
Barney est en effet un personnage mythique de l’histoire du jazz. Mythique par son ascension fulgurante à 17 ans, son jeu éblouissant qui le conduit à gigger avec Miles Davis, Bud Powell, Art Blakey, Roy Haynes, John Lewis, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk… les plus grands jazzmen américains (noirs bien sûr) de passage à Saint Germain dans les années 50. À 22 ans, alors que l’avenir lui appartient, il choisit de disparaître. Sa vie ensuite ne sera faite que d’une série d’apparitions / disparitions. Aussi brillantes qu’inexpliquées. À chaque fois qu’il ressurgissait, alors que tous le croyaient mort, il y avait dans sa musique quelque chose de précurseur. Une tonalité qui préfigurait les courants, les styles qui allaient traverser le jazz. Comme s’il avait besoin de ne plus être pour renaître…

Progressivement, je découvrais l’univers sonore de Barney ainsi que sa vie aventureuse, romanesque. Dans le même temps, à mesure que ma relation avec Marie devenait plus familière je prenais conscience – non sans une certaine fascination – combien Barney continuait à vivre en elle. Aussi, et à ma grande stupéfaction, je me suis surpris à constater que le processus s’était comme déporté en moi. Barney commençait à s’immiscer également dans ma vie et dans ma conscience. Je me mis à chercher des traces de son oeuvre dans Paris, les endroits où il avait joué (qui n’existent plus aujourd’hui), à exhumer de l’improbable collection d’un disquaire ses vinyles introuvables... Je m’inventais une proximité avec lui un peu inexplicable, moi qui ne suis pas jazzophile. Comme attiré par son fantôme, par sa prégnance invisible…

Sa destinée elliptique me fascinait ; cet homme qui a toujours oscillé, comme un funambule, entre présence et absence. Celui qui subitement était de nouveau là alors que tous le croyaient mort. Celui qui est mort maintenant et qui continue pourtant de vivre à travers ceux qui l’ont connu".

Stéphane Sinde est scénariste et réalisateur de fictions et de documentaires. Il anime dans la région de Montpellier des ateliers d’analyse de films, fictions et doc, dans le cadre du dispositif " collèges et lycées au cinéma ".


Samedi 15 juillet
Documentaire - Aperghis, Tempête sous un crâne


Film de Catherine Maximoff
Production : Idéale Audience & Les films du Présent
Avec le soutien de la Sacem
2006
Durée : 59 minutes


Georges Aperghis est né à Athènes le 27 décembre 1945. Son éducation fut principalement autodidacte : il partage une double passion pour la peinture et la musique qu’il découvre grâce à la radio et le piano qui lui est enseigné par une amie de la famille. À Athènes, il n’a que peu d’information sur l’avant-garde européenne, mais se nourrit de la lecture de partitions du répertoire, entend quelques pages de Schoenberg, Bartok et Stravinsky et reçoit comme un choc les premières expériences concrètes de Schaeffer et Henry. En 1963, il s’installe à Paris pour y poursuivre ses études musicales et décide définitivement d’abandonner la peinture. Il y rencontre le milieu de la création par l’intermédiaire du Domaine Musical et des concerts à la Maison de la Radio. Ses premières oeuvres sont ainsi marquées d’une part par le sérialisme et d’autre part par les recherches de Xenakis. Il mène depuis lors une carrière originale et indépendante, partageant son activité entre l’écriture instrumentale, ou vocale, le théâtre musical et l’opéra.
En 1976, Georges Aperghis fonde l’Atelier Théâtre et Musique (Atem). Avec cette structure, il renouvelle sa pratique de compositeur en faisant appel à des musiciens aussi bien qu’à des comédiens : ces spectacles s’inspirent de faits sociaux transposés dans un monde poétique, parfois absurde ou teinté de satire.

L’année 2000 avait été marquée par deux créations importantes, qui ont circulé à travers toute l’Europe : Die Hamletmaschine-Oratorio, sur un texte de Heiner Müller, et le spectacle musical Machinations, commande de l’Ircam, qui s’est vu décerner par la Sacem le Prix de la meilleure création de l’année. Il a récemment composé Dark Side, pour l’EIC et Marianne Pousseur, d’après l’Orestie d’Eschyle et créé Avis de tempête le 17 novembre 2004 à l’opéra de Lille avec l’ensemble Ictus, Donatienne Michel-Dansac et Lionel Peintre.

Compositeur prolixe, Georges Aperghis construit, avec une invention jamais tarie, une oeuvre personnelle qui défie les classifications : sérieuse et empreinte d’humour, attachée à la tradition autant que libre des contraintes institutionnelles, il sait ouvrir des horizons inespérés de vitalité et d’aisance à ses interprètes et réconcilie habilement le sonore et le visuel.

Catherine Maximoff est musicienne et a collaboré à la programmation artistique de plusieurs festivals. Elle se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture de scénarios et à la réalisation de films sur la musique et la danse.


Dimanche 16 juillet
Documentaire - Le miel n'est jamais bon dans une seule bouche


Film de Marc Huraux

Producteurs : Les Films d’Ici
Partenaires : La Sept Arte, Paris Première, Canal + Horizon, RM Associate, MAE, Procirep, CNC.
Avec le soutien de la Sacem
2000
Durée : 90 minutes

Ali Farka Touré, qui vient de disparaître, était né dans le village de Kanau près du fleuve Niger au Mali. Il avait été souvent comparé à John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou Big Joe Williams.

Autodidacte, son éducation se déroule principalement aux champs. La musique très présente au sein de la communauté familiale ne laissait pas l’enfant indiffèrent. Né dans une famille noble de l’ethnie Songhaï, il n’aurait pas dû devenir musicien. À 17 ans, il est d’ailleurs apprenti chauffeur. C’est à cet âge pourtant qu’il se fabrique une diurkel, guitare à une corde et commence à jouer. C’est pour cela, autant que parce qu’il a survécu à ses neuf frères, morts très jeunes, qu’Ali porte bien son surnom : Farka, « la résistance ». Le jeune Ali se passionne pour les instruments de la tradition : outre le diurkel, il pratique le njarka, une sorte de violon monocorde, la flûte peul ou le luth à quatre cordes. Il se forme aussi à la guitare avec son maître, Mamby Touré.

Sa rencontre avec l’écrivain malien Amadou Hampaté Ba aiguise son goût de l’écriture. À l’instar d’un Bartok ou d’un Seygoun, l’écrivain et le jeune musicien parcourent le pays un Nagra à la main pour recueillir nombre de sources musicales traditionnelles.

Ali Farka Touré chante le Mali, ses hommes et ses femmes, la cohésion sociale, la solidarité et le travail. La musique d’Ali fait partie de ce voyage au fin fond d’un Mali rural qui se débat avec la sécheresse. Le musicien dévoile sa sagesse – « celui qui fait du bien reçoit toujours du bien » –, sa philosophie de la générosité – « même une petite pomme, tu peux la partager en dix parts » –, révèle les relations qu’il entretient avec les djinn (les esprits du fleuve Niger) et martèle son souci principal : arriver à l’autosuffisance alimentaire car « quand on a faim, on ne pense à rien ». C’est pourquoi il a passé ses dernières années plus de temps sur ses terres de Niafunké à cultiver riz et légumes que sur scène. Pour ce grand artiste, l’axe du monde ne passait pas par les États-Unis, ni par Londres ou Paris, mais plutôt quelque part dans le ‘Cercle’ de Niafunké, ce carrefour fluvial de la Boucle, où tant de peuples se côtoient depuis la nuit des temps.

Marc Huraux, féru de musique a réalisé plusieurs documentaires sur le monde musical qu’il affectionne et connaît intimement : portrait du saxophoniste Charlie Parker dans Bird Now évoquant l’expérience des artistes noirs dans les années quarante, ou encore en 1989, Check the changes où il explore les scènes éclatées du jazz des années Reagan, à New-York.


Mercredi 19 juillet
Fiction - Chronique d'Anna Magdalena Bach


Film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet

Production : Franz-Seitz, Kuratorium
Archive : Cinémathèque française
Allemagne-Italie
1967
Durée : 93 minutes
Hormis quelques laborieuses fictions télévisuelles en costumes, il n’existe pas de long métrage de fiction inspiré de la vie de Jean-Sébastien Bach. Mais peut-on entreprendre un projet de fiction sur Bach après l’exceptionnelle réussite du film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet ? Il faut souligner à quel point cette réussite, la référence par excellence des films consacrés à un musicien, tient à la connivence particulière de l’acteur-interprète Gustav Leonhardt.

Ce dernier dans un entretien donné en 1999 évoquait ainsi sa collaboration au film : « Lorsque Straub m’a choisi pour sa Chronique d’Anna Magdalena Bach, je ne savais rien de lui. Il m’a téléphoné et j’ai pensé qu’un film sur Bach serait aussi effrayant que tous les films sur la musique que j’avais déjà vus. Puis j’ai lu le scénario et alors là, chapeau bas ! C’était un scénario tout à fait sérieux, pensé et fondé historiquement. Je fus tout de suite gagné par le projet de ce réalisateur qui avait la même approche respectueuse que moi. Ce que je trouvais normal, Straub le trouvait aussi. Il est un cas unique dans le monde du cinéma. Il reste que ce film fut une belle expérience musicale. » (propos recueillis par Cornelia Geiser)

Le film va du mariage avec Anna Magdalena, en 1721, jusqu’à la mort de Jean-Sébastien en 1748. Le micro est placé où se trouve la caméra. Chaque morceau de musique est filmé en une seule prise. « Un attrait du film, annonçait Jean-Marie Straub avant le tournage, consistera à montrer des gens en train de faire de la musique, nous montrerons des gens qui accomplissent réellement un travail devant la caméra ». Un morceau de chaque genre que Bach a écrit, ainsi que de chaque période a été choisi mais, toujours en fonction du rythme du film. « L’adéquation entre le morceau de musique choisi et le rythme du film doit être, à chaque instant, totale dans la construction » précisait-il par ailleurs.

Jean-Marie Straub et Danièle Huillet s’imposent en 1967, avec la Chronique comme les principaux représentants d’un nouveau cinéma remettant en cause les schémas narratifs et esthétiques traditionnels. Ils filment en plans fixes ou longs travellings des textes adaptés d’oeuvres littéraires ou d’opéras. Après la vie de Jean-Sébastien Bach, Straub et Huillet adaptent Pierre Corneille dans la Rome contemporaine avec Othon. Cet art de la distanciation se retrouve également dans leurs deux films suivants, Leçon d’histoire et Moise et Aaron, où les cinéastes s’interrogent sur la société contemporaine à travers des personnages ou des mythes historiques. Si leurs films n’ont jamais touché le grand public et ne rallient pas l’ensemble de la critique, Straub et Huillet sont considérés comme des cinéastes majeurs de la deuxième partie du xxe siècle.

Dans le cadre de la Journée Baroque


Jeudi 20 juillet
Fiction - Ludwig van


Film de Mauricio Kagel
WDR, Allemagne
1969

Après Anthithèse réalisé en 1965-1966 et divers tournages d’exécutions de ses oeuvres (Match, Hallelujah), Mauricio Kagel revient en 1969 au cinéma avec son Ludwig van conçu comme une contribution à l’année Beethoven et un hommage au compositeur.

Dans cette période, Kagel dirigeait largement son travail vers une sorte de déconstruction de la tradition (Bach, Beethoven, Brahms), à laquelle il intégrait des formes de musique de variété.

Ludwig van souligne, par l’ambition de sa version cinématographique, l’invention multi-forme de Mauricio Kagel, au-delà du concert traditionnel, dans les genres de la scène, du cinéma et de la radio.

Le film produit par la WDR de Cologne est très volontairement ironique, décalé, dérangeant, irrespectueux. Le film est constitué d’une série de scènes, sans liens apparents entre elles. Au début, nous sommes en présence d’un Beethoven atteint par sa célèbre infirmité et représenté de manière subjective, le spectateur étant peut-être le compositeur. Le film montre des lieux où Beethoven a vécu : son bureau, sa cave, son grenier, sa salle de bain, sa cuisine…

Kagel s’est associé des plasticiens importants de sa génération, tous proches de l’esprit de son travail : Robert Filliou, Dieter Roth, Joseph Beuys, Stefan Wewerka. Chacun a conçu et réalisé une pièce de cette< maison natale imaginaire.

Le ton est donné : il ne s’agit ni d’un reportage documenté, ni d’un film biographique. Kagel provoque, désacralise, critique, amuse.
On assiste ensuite à un sorte de débat inepte sur la musique du maître ; à une parodie d’évaluation des capacités physiques, morales et psychiques de la musique de Beethoven sur les interprètes, et beaucoup d’autres séquences cocasses selon une technique très maîtrisée, et ludique, d’un double collage, de sons et d’images. Pour exécuter la musique de ce film, Mauricio Kagel avait choisi un petit groupe d’excellents instrumentistes.

Mauricio Kagel, né en 1931 à Buenos Aires, s’installe en 1957 à Cologne où il crée deux ans plus tard le Kölner Ensemble für Neue Musik, et entre 1969 et 1975, dirige les Cours de musique nouvelle, à Cologne. Depuis 1974, il occupe la chaire de théâtre musical, ouverte pour lui à la Hochschule für Musik. Il dirige ses propres compositions.
Il est celui qui aura su briser avec la plus grande efficacité les conventions et les habitudes auditives, mais que de longues histoires personnelles relient à la tradition. Mauricio Kagel est l’auteur de nombreuses compositions pour orchestre, voix, piano et orchestre de chambre, oeuvres scéniques, de dix-sept films et de onze pièces radiophoniques. Il a reçu récemment le prix Erasmus.

Sur le film Voici comment le compositeur et musicologue d’origine chilienne, Juan Allende Blin, décrivait Ludwig van quelques années après sa réalisation : Dans le film, il n’y a pas une note qui ne soit de Beethoven, mais Kagel et ses interprètes lui ont donné un autre sens en changeant son contexte, bien plus, ils nous font redécouvrir et vérifier les qualités exceptionnelles de la musique de Beethoven, puisqu’elle ne souffre pas d’une détérioration, mais au contraire nous fait entendre maints aspects inconnus d’une rare beauté… (Musique en jeu, no 7/mai 1972)


Dans le cadre de la Journée Beethoven


Vendredi 21 juillet
Documentaire - Graine de Jazz

Film de Stéphane Ghez
Productions Jack Febus et Stéphane Ghez
Avec le soutien de la Sacem
2006
Durée : 52 minutes

Stéphane Ghez évoque son film dans les termes suivants :
« En Afrique, terre de tradition orale, on dit qu’un vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ; je tente aujourd’hui de sauver ces quelques pages de l’incendie du temps.

Ce film est un outil de mémoire d’une histoire en péril d’oubli : celle du débarquement du jazz en Afrique dans les années 40, ce moment unique où les Africains ont découvert une musique à la fois tellement nouvelle et incroyablement familière.

De ces années pendant lesquelles jazz et Afrique se sont pour la première fois rencontrés, il n’existe aucun écrit, quelques rares enregistrements, des photos jaunies et, surtout, la parole de témoins vieillissants. Ils sont sénégalais, musiciens, ils avaient 20 ans dans les années 40 et se sont enflammés pour cette musique.

J’ai recueilli leur parole et suis parti à la recherche de tout indice permettant de retracer une page ignorée de l’histoire africaine du jazz.

Mon parti pris est de tourner des pages de ce récit, à Saint-Louis. Cette ville, à l’embouchure du fleuve Sénégal, sur les rives de l’Océan Atlantique, est à la croisée des destins du jazz et de l’Afrique. Ses murs jaunis, ses balcons en fer forgé, son architecture coloniale, témoignent à eux seuls d’une époque révolue.

Pendant quatre années, je suis retourné à Saint- Louis le temps du festival, caméra à la main. Voyage initiatique qui a commencé par une envie de documentaire sur le jazz et l’Afrique. Mais plus j’allais sur place, plus mon idée première évoluait. J’en suis arrivé à vouloir raconter ce lent cheminement de la pensée, les rencontres, les balances d’avant concert, les jam’s sessions d’après. Voici ma plongée dans la mémoire d’une ville, telle une enquête aux sources de cette passion pour le jazz qui m’unit à chacun des acteurs de ce film.

Au fil des rencontres, un paradoxe m’est apparu : on affirme que le jazz vient d’Afrique. Pourtant, pour le peuple de Saint-Louis, comme pour bien des Africains, c’est une musique de blancs.
Le jazz est-il réellement ce lien unissant un peuple qu’un océan de souffrances a séparé ?

Aujourd’hui le festival de Saint-Louis traverse une crise qui est aussi celle du jazz sur le continent africain. Ce n’est pas un hasard car finalement, le jazz est-il vraiment connu et apprécié des Africains qui adhèrent plutôt à d’autres formes de musique (mbalax, rap…) ?
Quel est l’intérêt d’un tel festival en Afrique ? Ce documentaire tente aussi d’apporter une réponse à cette question ».

Stéphane Ghez est journaliste, rédacteur et reporter d’images. Graine de Jazz est son cinquième film en tant que réalisateur-documentariste.


Samedi 22 juillet
Documentaire - Together with Sonny Simmons

Film de François Lunel
Un film de François Lunel Coproduction Images Plus Epinal, CNC, PROCIREP, SCAM.
Avec le soutien de la Sacem
2006
Durée: 52 minutes
Sonny Simmons vit à Paris depuis quelques années parmi la communauté des musiciens américains établis en France.
Entre de rares concerts et les cours qu’il donne à quelques étudiants, il passe la plus grande partie de son temps à composer de la musique. Sonny Simmons s’interroge sur son passé difficile aux États- Unis.
Exclusion, drogue et racisme peuplent ses souvenirs. À soixante-dix ans, il pose sur son oeuvre et sur sa vie un regard à la fois amer et lucide, sans jamais cesser de croire à l’importance de sa musique dans l’histoire du jazz et en continuant à lutter pour sa survie.
En Europe aussi, le jazz est l’affaire de quelques inconditionnels et la situation de la plupart des musiciens reste fort précaire.

Le réalisateur François Lunel ajoute : « Ce documentaire veut montrer une sensibilité à fleur de peau, celle de Sonny Simmons, musicien maudit, mis au ban malgré un passé musical n’ayant d’égal que son extraordinaire capacité à produire et à donner du plaisir.

Ce sera aussi le récit d’un combat entre la réalité de la solitude et le rêve d’une communauté retrouvée. Communauté physique, morale et spirituelle entre les hommes.

“Où êtes vous ?”, demande Sonny. “Où allez vous ? Pourquoi êtes vous dispersés ?” Entre cette souffrance au contact d’un réel fragmenté et l’espoir d’une vie meilleure pour tous, aucune autre solution pour lui que de composer et de jouer de la musique. C’est par elle qu’il fait le lien, d’abord par ce qu’elle porte de force spirituelle, ensuite pour sa capacité unique à réunir les hommes, le temps d’un concert, ou d’une vie. Sonny Simmons trace ces liens, laisse des énergies. Et moi, je l’ai suivi, avec pour objectif de filmer ce lien. »

François Lunel a étudié le cinéma à l’Université Paris VIII. Parti à Sarajevo en 1992, il assiste le cinéaste Ademir Kenovic pour la réalisation de trois documentaires. À 25 ans, il met en scène son premier long métrage de fiction, Jours tranquilles à Sarajevo, pour lequel Sonny Simmons avait écrit la musique.

Dimanche 23 juillet
Fiction - Novecento : pianiste


Film de Frank Cassenti
d’après l’oeuvre d’Alessandro Baricco
Interprétation : Jean-François Balmer
Musiciens : Archie Shepp et Aldo Romano
Production : Breakout Films
Avec le soutien de la Sacem
2004
Durée : 90 minutes

« Né lors d’une traversée sur un transatlantique pendant l’entre-deux-guerres, Novecento, à trente ans, n’a jamais mis le pied à terre. Naviguant sans répit, il passe sa vie les mains posées sur les quatrevingt- huit touches noires et blanches d’un piano, à composer une musique étrange et magnifique qui n’appartient qu’à lui : la musique de l’océan.
L’histoire de Novecento, écrite par le grand écrivain italien Alessandro Baricco, est intemporelle, elle est racontée sur un bateau par un ancien trompettiste (Jean-François Balmer) qui en improvise les péripéties comme s’il s’agissait d’un long chorus de jazz, illustrées par les interventions et compositions d’Archie Shepp...
Pour Baricco, il s’agit d’un « texte qui est à mi chemin entre une vraie mise en scène et une histoire à lire à haute voix. Je ne crois pas qu’il y ait un nom pour des textes de ce genre. Peu importe, l’histoire me paraissait belle, et valoir la peine d’être racontée. »

C’est ce challenge de filmer un texte qui ne se situe pas dans un genre défini qui m’a enthousiasmé. Un texte qui, par ailleurs, me touche particulièrement, puisqu’il s’agit de la vie d’un musicien de jazz et que j’ai eu l’occasion à travers mes films de rencontrer des musiciens qui étaient tous des facettes de Novecento, le héros de Baricco.
Je pense à Michel Petrucciani ou Miles Davis. Les lieux : un bateau, un hangar, un port, une salle de bal, la salle des machines, en pleine mer ; autant d’espaces rêvés par le narrateur qui n’appartiennent qu’à son imaginaire. Le lien entre les différents « décors » se faisant par la musique, in et off, à partir des musiciens qui en rythment la narration J’ai eu le plaisir de mettre en scène Novecento avec des musiciens différents, entre autres Archie Shepp, cette légende du jazz qui a tout de suite été inspiré par cette dimension de l’imaginaire que suscite le texte.
Archie Shepp est donc présent sur scène, acteur et musicien. Acteur par l’intensité de sa présence et musicien puisqu’il intervient comme chanteur de blues, pianiste et saxophoniste.

Filmer Novecento, c’est sortir des sentiers battus de la captation théâtrale qui souvent aplatit le texte. Il s’agit ici d’inventer pour laisser travailler l’imaginaire du spectateur. Inventer des lumières qui suggèrent l’intemporalité et qui découpent les espaces, ceux du bateau, du quai, de la salle de bal. Rien ici n’est réaliste. Il s’agit bien sûr d’inventer un filmage fluide comme les mots du texte. La caméra s’arrête sur un regard, une expression et repart, laissant la musique prendre le relais. La caméra revient sur l’acteur qui, soudain, se confie comme s’il s’agissait d’une interview. Les modes de narration se croisent et se télescopent comme les différents tableaux du texte, parfois réalistes et parfois rêvés.

La bande-son est un élément essentiel du filmage. Tout d’abord les musiques qui font glisser les séquences entre elles en passant du présent au passé. Ensuite, les ambiances sonores des villes. New-York, Rio de Janeiro, Hambourg, Londres… Autant de climats différents. Les ambiances en mer, avec cette vibration sourde qui monte de la salle des machines. Les tempêtes, les ambiances feutrées de la salle de bal. Toutes ces bandes sons plus ou moins réalistes participent à recréer l’atmosphère de ce texte étrange qui est aujourd’hui un texte culte que s’approprient Jean- François Balmer et Archie Shepp. »
Frank Cassenti

Frank Cassenti est réalisateur pour le cinéma et la télévision. Il est l’auteur de nombreux portraits sur les grands jazzmen de notre temps (Miles Davis, Dizzy Gillespie, Duke Ellington, Michel Petrucciani, Richard Galliano…) qui ont obtenu de nombreuses distinctions internationales. En septembre 2000, il crée à Paris Novecento d’après Alessandro Baricco avec Jean-François Balmer, musique d’Aldo Romano, dont il réalise ensuite une version pour le cinéma. Il a fondé et dirige le Festival de jazz de Porquerolles, dans le Var.

Dans le cadre de la Journée Jazz



Mercredi 26 juillet
Documentaire - Louis Sclavis : C comme clarinette


Film d'Yves de Peretti

Écrit par Philippe Gumplowicz et Yves de Peretti
Production : Atmosphère Communication et la SEPT ARTE
1991
Durée : 49 minutes

Louis Sclavis est né en 1953 à Lyon. Il a appris la clarinette dès 1962, d’abord dans une harmonie de quartier puis au Conservatoire de Lyon. De 1975 à 1988, il a joué avec le Workshop de Lyon, le Marvelous Band et la Marmite Infernale. Il rencontre alors Didier Levallet, Michel Portal, Bernard Lubat, joue avec le Brotherhood of Breath de Chris Mac Gregor et le quartet d’Henri Texier. En 1982, il montait son premier groupe « le Tour de France » avec six autres musiciens originaires de différentes régions : Gérard Siracusa, Yves Robert, Beñat Achiary, Philippe Deschepper, Michel Doneda et Alain Gibert. Il enregistre en 1984 un premier disque solo, Clarinettes chez Ida records et monte un quartet avec Bruno Chevillon, Christian Ville et François Raulin avec lequel il s’est produit dans les principaux festivals français et étranger élaborant de nombreux special projects. II enregistre avec ce groupe augmenté du violoniste Dominique Pifarely deux disques : Chine (1987) pour Ida Records et Rouge (1991) pour ECM Records. Sa collaboration avec ce prestigieux label européen se poursuit avec des projets très ambitieux : Les violences de Rameau (1996), L’affrontement des prétendants (2001), Dans la nuit (2002) et Napoli’s walls (2003). Il joue avec le trio Romano-Sclavis-Texier et à l’issue de longues tournées en Afrique, il enregistre avec cette formation, pour Label Bleu, Suite africaine (1999), Carnet de routes (2000), African flashback (2005).

Il avait reçu en décembre 1996, le Grand Prix National de la Musique décerné par le Ministère de la Culture. Il a composé la musique du film de Bertrand Tavernier, Ça commence aujourd’hui et celle de Kadosh d’Amos Gitaï.

Yves de Peretti : « Lorsque nous avons tourné ce portrait avec Philippe Gumplowicz, nous voulions montrer un musicien « en train de devenir une star ». C’était un moment important de sa carrière, il venait de signer avec le label munichois ECM qui lui ouvrait la porte d’une carrière internationale. Nous cherchions ce « je ne sais quoi » qui l’élevait au-dessus de la mêlée, comme on dit qu’un acteur « accroche la lumière ». Nous avons filmé la « méthode » Sclavis : hyperactivité – c’était le musicien français de jazz qui travaillait le plus –, goût des rencontres et des aventures musicales, gentillesse, fidélité en amitié, aisance à gérer les partenariats avec les autres arts – il avait entamé une prolifique complicité avec la chorégraphe Mathilde Monnier –, faculté aussi de montrer toujours son meilleur profil. Nous l’avons suivi de concert en concert, de rencontre en rencontre, pendant six mois environ. Nous avons sympathisé. Nous voyagions avec lui et ses musiciens, nous partagions blagues et moments d’intimité. Mais je me souviens qu’à chaque fois que j’allumais la caméra, je croisais le regard de Louis. Il savait toujours quand ça tournait ! » (Avril 2006)


Jeudi 27 juillet
Documentaire - Julia Varady ou le chant possédé


Film de Bruno Monsaingeon

Production : Idéale audience, Imalyre-Groupe France Télécom,
La Sept-Arte.
Participation : CNC, Mezzo, Procirep, Ministère de la Culture et de la Communication (DMDTS).
1998
Durée : 55 minutes
Le film évoque trente-cinq ans de carrière d’une artiste d’exception. Julia Varady a pratiquement tout chanté (Mozart, Puccini, Verdi, Wagner, Strauss, Bartok) et interprété près de soixante-dix rôles, essentiellement au Deutsche Opera de Berlin, à Covent Garden, au Wiener Staatsoper et à la Scala.

Tandis que le film illustre cette fécondité artistique, elle évoque sa jeunesse dans la Roumanie de Ceaucescu, son ardent désir de chanter, son départ pour l’Allemagne, son engagement dans le travail, ses rencontres artistiques, celle de son mari, le grand baryton Dietrich Fischer-Dieskau.

Parce qu’elle est restée peu connue du grand public, notamment français, Le Chant Possédé révèlera à ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de la voir ou de l’entendre l’une des personnalités vocales les plus fascinantes de notre temps. Pour Julia Varady, le chant est d’abord une sensation physique : « un sombre nuage » qu’elle échauffe au réveil, qu’elle sculpte, entre autres, par un travail constant sur les lieder. D’où un rapport presque mystique au chant, allié à une connaissance très précise des rôles qu’elle a incarnés, qui l’a fait se heurter parfois violemment aux metteurs en scène. L’artiste a décidé de quitter la scène en 1998, l’année du tournage de ce portrait, document rare qui restitue tout son charisme et son engagement passionné.

Bruno Monsaingeon
Écrivain, musicien, réalisateur, il est depuis plus de 20 ans, l’auteur de nombreux films musicaux. On lui doit des portraits de musiciens du xxe siècle, dont Nadia Boulanger, Rojdestvensky, Oistrach, Richter, Menuhin et bien sûr, Glenn Gould.

Vendredi 28 juillet
Documentaire - Wayne Shorter, Live in Paris


Film de Marie-Pierre Jaury et Michel Delorme

Coproduction : ARTE France, Point du Jour
Avec le soutien de la Sacem
2005
Durée : 43 minutes

«Wayne Shorter est le plus grand compositeur vivant depuis la mort de Duke Ellington”, affirmait clairement Stan Getz, en évoquant le musicien.
En fait, ce fut un handicap. Car il était difficile pour un saxophoniste d’être reconnu aussi pour son travail sur le thème et la forme dans une époque irradiée par l’improvisation. Pourtant, Wayne Shorter a écrit pour les plus grands : les Jazz Messengers de Art Blakey, Miles Davis, le groupe Weather Report avec Joe Zawinul et Jaco Pastorius.
Shorter, un “homme d’à côté”, pour paraphraser Truffaut et une histoire d’amour fou et pour dire à quel point il fut longtemps considéré comme un musicien de l’ombre, le “souffleur de rêves” ou “l’extraterrestre” comme le soulignait Miles Davis à l’époque où ils jouaient ensemble (“Wayne Shorter est dans son propre avion en orbite autour de sa propre planète !”).
Wayne Shorter n’est pas un musicien, c’est autre chose ! La première fois que je l’ai entendu, ce fut un choc, une révélation.
Libre et follement aérienne, sa musique m’a transportée. Wayne Shorter restitue la musique, la transforme, l’invente. Il est sa musique ! Et l’on ne peut pas parler de sa musique sans évoquer le personnage. Il évolue dans une sorte d’ambiance cotonneuse, parsemée de rêves bizarres.
À la différence des autres musiciens, Wayne Shorter nous offre une vision du monde, où plutôt de son monde, dont les clefs sont souvent musicales.
Les changements d’humeur dans son jeu sont instantanés. Ses compositions, comme ses solos admirablement ciselés, ont fait de lui l’explorateur d’un univers onirique et intemporel.
À l’occasion de sa semaine passée à la Cité de la Musique en janvier 2004, nous l’avons filmé avec différentes formations comme en duo avec Herbie Hancock, avec l’Orchestre de Lyon ou encore avec son quartet. »

Marie-Pierre Jaury s’est essentiellement consacrée aux films sur la musique ; elle a notamment réalisé La messe selon St-John Coltrane (histoire d’une église à San Francisco, vouant un culte au saxophoniste) et Basse contre Basse (une histoire de cet instrument à travers ses musiciens).

Michel Delorme est journaliste et critique de jazz. Il a été directeur artistique dans diffèrentes majors du disque. Il est en complicité amicale avec la plupart des musiciens de jazz.


Samedi 29 juillet
Documentaire - Karlheinz Stockhausen "Momente"


Film de Luc Ferrari et Gérard Patris

Collection Les Grandes Répétitions
Archives INA 1966
Durée : 46 minutes
En dehors de la prise de son, pratique quotidienne et virtuose, de la composition de musiques pour le cinéma (dès 1960), du Hörspiel dont Luc Ferrari a été l’un des rares militants-pionniers-inventeurs dans le paysage musical français, une des facettes de ce personnage extrêmement inventif réside dans son rapport à la fois maîtrisé et habile à l’image et au reportage. Dès 1964, le compositeur co-réalisait un cycle d’émissions internationales pour la télévision. L’année suivante, il est l’auteur et le réalisateur, avec Gérard Patris, d’une série documentaire sur la musique contemporaine pour le compte de la RTF. Toutes tendances et esthétiques confondues, ces mythiques Grandes Répétitions aujourd’hui restaurées, présentaient pour la première fois à la télévision des oeuvres d’Olivier Messiaen (Et Expecto resurectionem mortuorum) et d’Edgar Varese, des images et des témoignages en action de Cecil Taylor et d’Hermann Scherchen et ce film consacré aux Momente de KarlHeinz Stockhausen où l’on voit le compositeur répéter avec l’orchestre la création de cette oeuvre majeure de notre modernité. Artisan découvreur, Ferrari ne trouva sans doute pas ensuite dans les conditions de la télévision d’alors le contexte institutionnel favorable à la poursuite de cette expérience de documentariste. Luc Ferrari aimait avant tout essayer autre chose, changer de terrain, se et nous surprendre. Hormis la réalisation de quelques autres films, il expérimentera ensuite des oeuvres inclassables, des performances ou des installations où la relation à l’image demeure un élément constitutif, majeur, qui récuse tout formatage ou académisme : Chansons pour le corps (1988-1994), Cahier du soir (1991-1992) ou encore le Cycle des souvenirs (1995- 2000) pour 6 lecteurs CD et 4 projecteurs vidéo. Peu avant sa disparition en août dernier, le compositeur était revenu au cinéma comme sujet et acteur du film que lui consacraient Jacqueline Caux et Olivier Pascal, Presque Rien avec Luc Ferrari, ultime et tonique témoignage.

Gérard Patris, Co-auteur de la série Les Grandes Répétitions avec Luc Ferrari, il a réalisé de nombreux documentaires, notamment un portrait de Mstislav Rostropovitch.
Il avait reçu le Prix Télévision de la Scam pour l’ensemble de son oeuvre en 1990.

 



Salle Einstein - Le Corum