Luis
Naon
Diabolus urbanus », pour alto et électronique
Cyprien Busolini, alto
Cette pièce est la 15ème du cycle Urbana*, et la première
d'un quatuor de pièces solistes avec des sons fixés
ou de l'électronique live (les trois autres font appel au
saxophone, à la clarinette et au hautbois).
Dans cette pièce je me propose de toucher des extrêmes. Le cadre
y est pour beaucoup, il constitue une contrainte forte, tant formelle que substantielle
de l'œuvre : la solitude réelle d'un musicien face à son
public, épaulé par des sons dont il est le dépositaire artistique
et l'interlocuteur privilégié.
Dans toute pièce mixte, nous avons cet incontournable couple perceptif:
la présence et l'absence, un imaginaire double. En ce qui concerne les
sons fixés - où l'interprétation est réduite à l'espace
de projection - nous espérons entendre le compositeur lui-même,
sans intermédiaire, alors que l'interprète nous livre, simultanément,
son propre vécu de l'œuvre, il devient pour le spectateur sa propre
image, son héros d'un quart d'heure.
Le public, complice de cet état des choses se situe entre les deux : entre
la peau et le vêtement, entre le cadre et la toile, entre la scène
et les acteurs, entre le scénario et la caméra. Pris dans le piège
de l'observation, une observation qui ne peut que devenir subversion, à l'intérieur
de l'énergie et du mouvement, il devient l'acteur de l'événement.
Dans un cadre où les forces sont essentiellement sonores l'œuvre
peut avoir lieu à condition que le public attrape, hors champ, une réalité,
la musique, dont on ignore l'ultime voyage.
* dans le cycle Urbana, les dénominateurs communs sont l'espace
et la ville, sous des aspects différents. Le but du cycle
est d'investir un jour notre espace quotidien.
Les autres buts sont, dans le désordre : écrire sans
cohésion pendant quelques années ; ne pas finir une œuvre,
mais réaliser des fragments ; casser le cadre, petit et souvent
insatisfaisant, de l'œuvre classique symbole de reconnaissance
et source d'absurde admiration ; construire un univers dont les parties
soient interchangeables et soumises, plus tard, à de nouvelles
lois ; participer par mon travail au monde créatif d'autres
artistes ; soumettre et remanier ces matières dans d'autres
cadres où l'individualité est mise au service d'un
groupe (metteur en scène, écrivain, vidéaste,
chorégraphe, plasticien) ; bâtir une utopie.