Pascal
Baltazar
Pyrogenesis, pour instrument électroacoustique
- Commande du GRM
Production: GMEA, Centre de Création Musicale d'Albi-Tarn
Je sens entre mon activité et
celle du forgeron de profondes analogies.
D’abord, le geste, par lequel l’artisan modèle la
matière de façon continue : frappant, chauffant, tordant,
trempant les métaux pour leur imprimer progressivement une
forme.
Ensuite, l’outil : Tout comme le forgeron se fabrique ses propres
outils, depuis plusieurs années, je travaille à la facture
de mon instrument électroacoustique.
Un instrument pour écrire le son, dans l’espace et
avec le geste. Enfin, la construction organique de la forme, dont
parle Gilles Deleuze :
« Pourquoi est-ce que le forgeron
est musicien ? Ce n’est pas simplement parce que la forge fait
du bruit, c’est parce que la musique et la métallurgie
se trouvent hantées par le même problème : à savoir
que la métallurgie met la matière dans l’état
de la variation continue de même que la musique est hantée
par mettre le son en état de variation continue et instaurer
dans le monde sonore un développement continu de la forme et
une variation continue de la matière. » Ainsi, dans Pyrogenesis,
des matériaux bruts sont mis en jeu dans des processus de transformation
: fusion, condensation, solidification, sublimation... Le geste instrumental
intervient constamment pour animer les matières, les agréger,
y introduire du désordre, ou au contraire les canaliser. La
main presse et tire, pousse et retient. Le corps sculpte l’espace.
La composition interroge, de manière plus générale,
le fantasme démiurgique de l’homme et les divers moyens
qu’il s’est donné pour transformer la matière
- de l’enclume à la sidérurgie jusqu’à la
fission nucléaire : point ultime de cette entreprise, où la
matière se brise de l’intérieur et menace de
destruction