Daniel
Teruggi
Spaces of mind (Les Espaces de l’esprit)
2004
Nous avons chacun notre propre
perception de l’espace ; c’est un concept ouvert,
avec des significations différentes en fonction des situations.
La physique, l’astronomie, la poésie, ou simplement
la vie de tous les jours, proposent une interprétation particulière
et lui appliquent des lois différentes. Définir ce
concept est une tâche difficile, nous pouvons toutefois dire
que l’espace est quelque chose autour de nous qui peut ou
pas avoir des limites, toujours fortement lié à la
dimension temporelle, et dans lequel nous nous déplaçons
et agissons.
L’espace musical est multiple: position des sources instrumentales,
diffusion du son dans une salle, perception poétique de la
musique. Pour la musique électroacoustique, et plus particulièrement
acousmatique, le contexte précise les définitions.
Les sons sont organisés dans un espace en fonction du support
de composition: gauche/droite au minimum, ou dans des positions beaucoup
plus complexes si la musique est composée pour un support
multipiste. Le fait d’écouter un son produit par une
source invisible (l’essence de l’acousmatique), produit
une perception spatiale car nous créons une image du son dans
notre esprit, reliant ses dimensions temporelles et spatiales à notre
perception propre. Enfin, la situation de concert, dans une salle
particulière et sur un dispositif complexe de haut-parleurs
génère également une part d’effets non
voulus, (réverbération, absorption de certaines fréquences, échos,
trous brillants et opaques), le tout compliquant la tâche d’écoute,
mais donnant vie à la musique.
À ces trois approches de l’espace
(les sons eux-mêmes, les sons dans l’œuvre, l’espace
dans lequel les sons évoluent au moment de l’écoute),
j’ajoute un quatrième niveau, lequel fait appel à nos émotions
et impressions, dans lequel nous inventons des mondes à travers
notre imaginaire.
Spaces of Mind (Espaces de l’esprit) concilie
tous ces mondes, fortement suggérés par l’organisation
spatiale des sons. Il ne s’agit pas de « L’origine
des espaces » ou d’« Études sur
l’espace » , mais d’organisations de l’espace
produisant des visions dans notre esprit, une expérimentation
du mouvement, de la multiplicité des sources, les positions
discrètes ou l’immersion totale dans l’espace
des sons.