Samedi 19 juillet - 20h - Opéra Berlioz / Le Corum
Orchestre Philharmonique de l’Oural
Direction Dmitri
Liss
Augustin Dumay violon
Alexander Kniazev violoncelle
Nelson Goerner piano
Changement de programme -
1ère partie
Augustin Dumay étant
souffrant, le triple concerto de Paul Juon ne pourra être joué.
Nous remercions Nelson Goerner d'avoir accepté de jouer en remplacement, le Concerto pour piano et orchestre n°1 en mi bémol Majeur de Franz Liszt et Alexander Kniazev de jouer Les variations sur un thème rococo pour violoncelle et orchestre opus 33 de Piotr Ilyich Tchaikovski.
Nos remerciements s'adressent également à l'Orchestre de l'Oural et au Chef d'Orchestre, Dmitri Liss.

Piotr Ilyich Tchaïkovski
Symphonie n° 6 en si mineur opus 74 “Pathétique”
Conférence - Les
courants de la musique russe
au début du XX° siècle par André LischkÉ
11h - Salle Einstein/ Le Corum - Entrée Libre
Diffusion sur France Musique (fréquence
96.4)
le 25/08/08 à 20h00
Paul Juon (1872 – 1940)
Triple concerto pour violon, violoncelle,
piano et orchestre opus 45 "Épisodes concertants" (1912) Création
En inscrivant cette œuvre dans sa programmation, le Festival
rend justice cette année à un compositeur oublié, dont ses contemporains
disaient déjà qu’il fallait réparer l’indifférence du monde musical
envers lui et que Rachmaninov, son condisciple au conservatoire appelait
« le Brahms russe » !
Son grand-père, originaire du
Canton des Grisons en Suisse avait émigré en Lettonie. Paul Juon est
né à Moscou en 1872, dans une famille d’artistes. Il entre au Conservatoire
de sa ville natale pour étudier le violon et la composition. Mais c’est
à Berlin qu’il choisit ensuite de poursuivre ses études, à l’Académie
de Musique où il sera nommé plus tard professeur de composition. Il
passe donc une grande partie de sa vie en Allemagne. En 1917, il est
élu membre de l’Académie des Beaux Arts de Berlin et reçoit le prix
Beethoven en 1927.
La montée du nazisme l’incite à fuir en Suisse en
1934. Le régime nazi ayant refusé de lui verser sa retraite anticipée,
il rejoint une partie de sa famille à Vevey, où il meurt, en 1940 oublié
de tous. Sa modestie naturelle, l’indifférence des musiciens suisses,
la guerre en Europe ont activé sa mise à l’écart.
Compositeur estimé et connu en Allemagne, Paul Juon refusa d’épouser
les nouveaux préceptes de l’atonalité, allant jusqu’à penser que Schönberg,
s’étant aventuré dans un courant « froidement intellectuel »
n’aboutirait que dans un « cul-de-sac ». Cela ne suffit pas
à expliquer son oubli. En effet, Rachmaninov, son exact contemporain,
échappa lui aussi à l’influence de la musique moderne allemande et
n’en disparut pas pour autant du répertoire des grandes formations
symphoniques. La musique de Paul Juon offre autant de séduction que
la sienne et reste elle aussi dans la veine des musiques qui cherche
l’ivresse des sens et parle à l’imagination. Paul Juon a toujours refusé
cependant de la solliciter par des titres flatteurs ou suggestifs.
Ces Épisodes concertants résument la position délicate de
Paul Juon qui clôt une époque mais en ouvre une autre, appartient à
une école de composition, mais en revendique une autre, d’âme et de
cœur.
Les inflexions et la vivacité d’éloquence du violoniste Augustin Dumay
vont servir merveilleusement cette partition haute en couleurs. Nelson
Goerner, familier de Rachmaninov possède la virtuosité et la sonorité
ample et lumineuse particulièrement indiquée pour la partie de piano
et Alexander Kniazev apportera par son violoncelle exalté la chaleur
de l’imaginaire russe.
Ecrite en 1912, cette œuvre doit à l’Allemagne toute sa cohérence
formelle en trois parties qui en appellent au concerto classique. Les
combinaisons y sont multiples, dans la façon dont se répartissent
les interventions entre le trio et l’orchestre. De même qu’à l’intérieur
du trio les dosages restent diversifiés avec beaucoup de rigueur. En
fait l’œuvre séduit par son ton très expressif et sa richesse d’imagination
entièrement fondée sur la mélodie. C’est en ce sens que le compositeur
qui se voulait suisse s’avoue ici russe et comme dirait Tchaïkovski
« jusqu’à la moelle des os ». Il a gardé les grandes courbes
dynamiques du passé pour une musique qui ne se conçoit pas hors de
la mélodie, un flot continu qui étreint carrément l’auditeur. Mais
ces courbes sont plus courtes, plus dynamiques et peuvent éventuellement
se fragmenter ou se décortiquer. L’œuvre ouvre également l’ère des
rythmes irréguliers et des interférences avec la musique populaire,
mais retravaillées en systèmes de composition. Paul Juon apparaît
alors plus moderne.
Piotr Ilyitch Tchaïkovski
Symphonie n° 6 en si mineur opus 74 « Pathétique »
Le
compositeur en dirigea lui-même la création en 1893. L’œuvre ne fût
guère appréciée et il fallut attendre le triomphe à la reprise trois
semaines plus tard, sous la baguette de Napravnik, mais entre-temps
Tchaïkovski s’était suicidé.
Il écrivit que cette symphonie comportait un programme « profondément
subjectif » mais qui ne serait pas divulgué.
Avec son art des gradations efficaces, Tchaïkovski met en scène son
univers intime en quatre mouvements osant terminer par un adagio à
la place du « bruyant allegro » traditionnel.
L’œuvre repose sur l’emploi de larges mélodies d’un seul tenant, qui
comme toujours chez lui flottent à la surface et interdisent tout développement.
Elle est jalonnée de fragments du requiem orthodoxe, de sonneries
majestueuses et d’une valse asymétrique. Ponctuée de chocs instrumentaux
terriblement violents, cette symphonie avance sans répit et conduit
dans le lamento final au paroxysme d’une tension, si douloureuse
qu’en l’écoutant le frère de Tchaïkovski lui en suggéra le titre de
« Pathétique ».
Catherine Michaud