Le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon
14 - 31 juillet 2008
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FILMS SUR LA MUSIQUE PROPOSÉS PAR LA SACEM

15h - Salle Einstein/ Le Corum

Entrée Libre

Compositeurs de Musique de film telecharger programme pdf
Modérateur :
Gaël Marteau

Maurice Jarre Mardi 15 juillet

Bandes originales : Maurice Jarre
Un film de Pascale Cuenot
Production : Prelight films, TPS.
Avec le soutien de la Sacem.
2008, 80 min.
Rencontre-débat en présence de Pascale Cuenot

C’est l’écoute des enregistrements d’oeuvres de Liszt et de Schubert qui suscite chez Maurice Jarre, encore adolescent, une vocation irrépressible pour la composition. Alors que rien ne le prédestinait à la musique, il quitte Lyon et sa famille pour étudier à la Sorbonne et au Conservatoire de musique de Paris.
Devenu Directeur musical du TNP de Jean Vilar, il compose de nombreuses musiques de scène et les fameuses Trompettes qui annoncent toujours les représentations dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Son talent le fait remarquer par l’ensemble de la profession. Parallèlement à son travail pour la scène, le ballet, le concert, il s’essaie à la composition pour le cinéma ; il est ainsi associé aux premiers « courts » de Resnais, Demy, Mocky et Franju, dont il signe ensuite la plupart des partitions de longsmétrages (de La Tête contre les murs à Judex). Il rejoint David Lean à Londres, dès 1962, pour le monumental et célébrissime Lawrence d’Arabie, et de là, Hollywood, où il s’installe rapidement. S’en suit la carrière que l’on sait, très prestigieuse, jalonnée de nombreux films qui sont des grands succès mondiaux (The Collector de Wyler, Les Damnés de Visconti, Topaz d’Hitchcock, Le Cercle des poètes disparus de Weir), des musiques tellement emblématiques qu’elles sont placées au panthéon du cinéma.
Compositeur aux quatre Oscars, grand nom de Hollywood, Jarre est aussi un personnage discret, musicien atypique, infatigable chercheur de structures et de sonorités nouvelles, grand mélodiste, créateur aussi imaginatif qu’exigeant. Quelques notes suffisent pour reconnaître sa patte et son style. Maurice Jarre aime donner de nombreux concerts où il dirige avec finesse et élégance ses propres musiques. À partir d’entretiens suivis et de nombreux rendez-vous sur les lieux de vie de Maurice Jarre, le film s’attache à restituer un parcours exceptionnel, mais aussi à laisser se déployer, sur la musique et le cinéma, une parole d’autant plus frappante qu’elle est retenue, s’inscrivant dans le présent, comme si la carrière de Maurice Jarre débutait aujourd’hui. Documentariste, Pascale Cuenot développe depuis plusieurs années, au sein de la société de production lyonnaise Prelight Films, la collection « Bandes originales… », série de portraits voués à des grands compositeurs de musique de film. Après un premier opus en 2006 consacré à Gabriel Yared, elle réalise en 2007 le portrait de Maurice Jarre, augmenté en 2008 de nouveaux tournages pour la version longue présentée ici. Elle prépare actuellement un film évoquant l’oeuvre et la personnalité de Georges Delerue.

Jean Luc Godard Mercredi 16 juillet

A l'écoute de Godard

Un film de Vincent Perrot et Laurent Chollet
Production : La Prod SA, La bande du Drugstore, CinéCinéma.
Avec le soutien de la Sacem.
1992, 52 min.
Rencontre-débat en présence de Vincent Perrot

« … Il est important de souligner que musicalement, l’électron libre de la nouvelle vague était un cas particulier. Dès ses débuts, Godard instaura un rite très personnel concernant la création musicale pour ses films […] Sa méthode était de laisser son musicien composer des plages musicales sur une indication générale mais sans directives très précises avant ou pendant le montage du film. Ensuite, il utilisait à son gré les enregistrements, en fonction de l’image, ou parfois, en montant des séquences à partir de ce support musical […].
De Georges Delerue à Martial Solal, d’Antoine Duhamel à Gabriel Yared, tous sont unanimes pour reconnaître qu’une collaboration avec Godard était une aventure inhabituelle… » Ces propos, extraits d’un ouvrage qu’il a consacré en 2004 à Georges Delerue – compositeur de la musique du Mépris – livre quelques clés du projet de Vincent Perrot au moment d’aborder avec Laurent Chollet l’écriture de ce documentaire : il ne s’agit pas de montrer en exemple, mais plutôt de saisir, au long du parcours d’un cinéaste singulier sous ce rapport comme sous tant d’autres, des moments choisis de la relation qui s’établit entre le son et l’image. Le traitement de ce film, kaléidoscope d’archives sonores, photos, entretiens filmés et voix off, où Godard est partout mais n’apparaît pas, s’attache à rendre compte du jeu entre musique et images, libre et codé à la fois, où l’échange peut tourner court, mais où tout est possible.
Si on ne présente plus Vincent Perrot, on oublie souvent qu’il a d’abord été chroniqueur de cinéma. Il est notamment spécialiste de la musique de film, comme en témoignent son ouvrage B.O.F : musiques et compositeurs du cinéma français paru en 2002 (éditions Dreamland, avec DVD d’entretiens filmés sous le titre Compositeurs/ réalisateurs, dialogue impossible ?), ainsi que les biographies de Georges Delerue et Vladimir Cosma écrites pour la collection Musique et Cinéma (éditions Carnot, 2004 et 2005). Laurent Chollet est auteur de films documentaires, historien et éditeur. Coscénariste avec Serge le Péron du film Lise et Artur London, un couple en résistance (France 2, 2004), il a consacré plusieurs ouvrages au mouvement situationniste et à mai 68. Il est associé depuis 2003 à Armelle Leroy pour une série d’albums à vocation encyclopédique et générationnelle (éditions Hors Collection).

Lalo Schifrin Jeudi 17 juillet

Movie Master Man : Lalo Schifrin raconte sa vie

Un film de Rodney Greenberg
Production : RM Arts Production.
1993, 50 min.
Rencontre-débat en présence de Georges Michel

Boris Claudio Schifrin, dit Lalo Schifrin par admiration pour le compositeur de Namouna et de la Symphonie Espagnole, est né en Argentine dans une famille de musiciens. Après des études de piano suivies dans son pays, il a poursuivi sa formation à Paris au début des années cinquante, au Conservatoire de la Rue de Madrid où il a fréquenté la classe d’Olivier Messiaen. Il reçut aussi les conseils de Charles Koechlin.
Ses débuts professionnels parisiens, comme pianiste et arrangeur, l’amènent à participer à d’innombrables séances d’enregistrements de jazz et de musique latino pour le label d’Eddy Barclay. De ses années parisiennes, Schifrin a conservé, outre un réseau amical, une familiarité avec notre langue et a su gagner la sympathie du public français lors des concerts qu’il donne régulièrement dans notre pays, par exemple, à Cannes en 2004 au Festival du film, à l’invitation de la Sacem, au Grand Rex à Paris encore, en avril 2007 ou enfin, le 13 septembre prochain, à l’occasion d’un concert de ses oeuvres qu’il donnera avec l’Orchestre National d’Ile de France, à la Cité de la Musique.
De retour en Argentine, à la fin des années cinquante, Schifrin avait été rapidement capté par la scène nord-américaine où ses talents de mélodiste, d’arrangeur et de pianiste virtuose l’ont appelé aux cotés de Dizzy Gillespie, Stan Getz, Sarah Vaughan ou Jimmy Smith. Engagé par la MGM et installé à Hollywood, Schifrin va composer un nombre impressionnant de musiques pour des films et des séries télévisées.
Citons parmi la centaine de ses contributions pour le cinéma Le Kid de Cincinnati (Norman Jewison), Bullit (Peter Yates), L’inspecteur Harry (Don Siegel), Mission impossible (Brian de Palma), Mannix, Starsky et Hutch, etc. Schifrin a toujours mené en parallèle une carrière de musicien classique comme chef d’orchestre et compositeur. Il a écrit plusieurs concertos pour guitare, pour piano, pour clarinette, mais aussi des suites d’orchestres à partir des scores de ses films. Il est associé enfin à l’aventure des concerts des Trois Ténors. Musicien complet, universel, Lalo Schifrin a surfé avec une grande intelligence et beaucoup de subtilité sur la dynamique de cette mondialisation avant la lettre qui a été induite aux États-Unis par l’industrie du divertissement musical. Le film de Rodney Greenberg, réalisateur britannique et spécialiste des captations de concerts classiques enchaine extraits de concerts, de films et entretiens avec le compositeur et avec ses proches. Il s’agit d’un document de facture classique, mais chaleureux et efficace à l’image du créateur qui en est le héros.


François de Roubaix Vendredi 18 juillet


François de Roubaix, l’Aventurier

Un film de Jean Yves Guilleux
Production Maybe Movies
Avec le soutien de la Sacem.
2007, 52 min.
Rencontre-débat en présence de Jean Yves Guilleux et Patricia de Roubaix

« … François de Roubaix avait deux passions : le cinéma auquel il dédiait ses compositions et qu’il avait lui-même pratiqué, et la mer, à laquelle il consacrait ses loisirs. Le premier l’a nourri et lui a apporté une franche reconnaissance à défaut d’un succès véritable. La deuxième l’a emporté dans une plongée définitive au large des Canaries en novembre 1975.
De Roubaix n’aura donc connu que les hommages posthumes, ceux des rappeurs puis ceux de remixeurs électro calibrés, tout comme ceux du monde du cinéma qui le récompensait quelques mois après sa disparition du César de la meilleure musique de film pour Le vieux fusil de Robert Enrico. […] Il est nourri de jazz plus que de solfège. Et, comble de marginalité, il travaille presque exclusivement seul, se créant ce que l’on peut probablement définir comme le premier home studio français, dans son appartement parisien de la rue de Courcelles. […] L’instrumentarium de François de Roubaix est définitivement hors du commun quand il le complète de jouets pour enfants, d’instruments ethniques rapportés de divers voyages, de percussions bricolées, et même de son propre tuba de plongée dans lequel il fredonne la rengaine de Chapi Chapo… presque du dub ». Relevés dans l’article intitulé La passion de Roubaix, paru fin 2003 dans le magazine Blast, ces propos de Jean- Philippe Renoult ont un double mérite : celui d’exposer en termes efficaces ce qu’on pourrait appeler le paradoxe de Roubaix, et celui de lever un coin de voile sur une oeuvre aussi énigmatique qu’elle a été souvent citée, qu’elle est encore sollicitée. Ils montrent aussi combien était nécessaire un travail sur François de Roubaix qui n’aurait plus été seulement un acte de réhabilitation, mais aussi une observation attentive et distanciée de l’homme et de sa musique, comme on regarde à travers un masque du plongée, de près, mais avec juste ce qu’il faut de retrait.
Jean-Yves Guilleux s’est attaché à rechercher ce compromis entre approche sensible et observation raisonnée, par l’association des archives et des plans nouveaux, des voix off et des entretiens filmés, et par la manière dont ils convoquent tantôt les proches et les témoins, tantôt les professionnels


Martin Scorsese Samedi 19  juillet


Martin Scorsese, l'émotion par la musique

Un film de Clara et Robert Kuperberg
2005,53 min.
Rencontre-débat en présence de Clara et Robert Kuperberg (sous réserve)

De la musique chez Martin Scorsese on pourrait dire, si l’on ne craignait pas le raccourci du slogan, qu’elle arrive tôt. Tôt dans la vie du jeune Martin, dont l’appartement familial et le quartier – Little Italy à New York – résonnent de la vie quotidienne d’une communauté animée s’il en est, mais aussi des retransmissions, à la radio, du bel canto et du grand répertoire opératique. Elle arrive tôt, également, dans son parcours de cinéaste, puisqu’avant de réaliser les premiers longs métrages qui inaugureront une carrière exceptionnelle, celle d’un cinéaste populaire et radical à la fois, il est assistant et monteur, dès 1970, du fameux Woodstock, documentaire de Michael Wadleigh, témoignage d’un happening musical sans précédent, mais aussi d’une société en recherche d’elle-même. À ce titre le film est devenu « culte », comme le Monterey Pop de D.A. Pennebaker et Richard Leacock. Scorsese n’a jamais cessé de filmer la musique, qu’il s’agisse du vidéo clip Bad pour Michael Jackson, ou du premier numéro de la série le Blues initiée en 2003 par Wim Wenders, plus récemment de son grand documentaire No Direction Home : Bob Dylan, et cette année de Shine a Light, au cours duquel il suit les Rolling Stones en tournée. Notons également qu’un des tout premiers films dont Martin Scorsese a voulu la restauration et la diffusion en salles, à travers sa World Cinema Foundation, n’est autre que le documentaire Transes de Ahmed El Maanouni, consacré en 1981 au groupe Nass El Ghiwane, rénovateur de la tradition musicale marocaine et catalyseur du malaise de la jeunesse maghrébine des années 70.
L’attention que Scorsese, réalisateur producteur et mécène, consacre à la musique, est également très vive dans son oeuvre de fiction. Ici aussi elle arrive tôt, dès l’écriture du scénario, qu’il s’agisse de musique préexistante ou de musique originale, les deux pouvant être d’autant plus étroitement associées qu’elles entrent en friction l’une avec l’autre, et participent ensemble d’un discours en contrepoint de l’image. Cette recherche de tension par le décalage, revendiquée par Scorsese dès ses premiers longs métrages, est une des clefs de lecture de l’oeuvre du maestro telle qu’elle se dévoile au cours des entretiens qu’il a accordés à Clara et Robert Kuperberg, auteurs et réalisateurs de ce documentaire très accessible et éclairant.

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Hommage À Olivier Messiaen et Karlheinz Stockhausen
Modérateur : Olivier Bernard

Olivier Messiaen Lundi 21 juillet

Olivier Messiaen et les oiseaux (sous réserve)

Un film de Denise Tual et Michel Fano
Production : Sofracima.
1972, 88 min.
Rencontre-débat en présence de Michel Fano (sous réserve)

Ce film est le premier grand documentaire réalisé sur le compositeur. Denise Tual était à l’origine de deux commandes passées à Olivier Messiaen à son retour de captivité, les Visions de l’Amen (1943) et les Trois petites Liturgies de la Présence Divine (1945), oeuvres créées à Paris dans le cadre des Concerts de la Pléiade, avec le soutien de Gaston Gallimard. Michel Fano, compositeur, musicologue et réalisateur, avait, lui, fréquenté la classe de Messiaen au Conservatoire de Paris, aux côtés de Pierre Boulez et de Jean Barraqué.
Les auteurs qui connaissaient bien Messiaen, ont pu bénéficier de sa confiance dans la réalisation du projet. Ce film est une évocation émouvante des fondamentaux de l’art du compositeur : son rapport aux oiseaux et à la nature, sa théorie musicale des couleurs et l’expression de sa foi catholique.
Le film est devenu aussi un document très précieux pour la séquence, rare, consacrée au cours d’analyse donné à la « classe ». Il donne avec pertinence et une grande réussite plastique des équivalents visuels à la dimension colorée de la musique d’Olivier Messiaen. Il constitue enfin un portrait du compositeur dans la force de l’âge. Messiaen était en effet âgé de 63 ans au moment du tournage.
Michel Fano a réalisé également plusieurs films ayant la musique pour objet et notamment en 1980 une précieuse série de sept émissions pour la télévision, Introduction à la Musique Contemporaine, en collaboration avec Dominique Jameux. Enseignant, il a dispensé pendant près d’un demi-siècle des cours et conférences sur l’esthétique sonore aux étudiants de cinéma. À la demande de Jack Gajos, fondateur de la FEMIS, il a créé et dirigé pendant sept ans le département Son de cette célèbre école de cinéma parisienne. Un enseignement qu’il dispense également en Amérique Latine, à l’Escuela Internacional de Cine y Televisión de Cuba, mais aussi à Buenos Aires, Mexico et Brasilia.

Mardi 22 juillet

Olivier Messiaen : Et Exspecto resurrectionem mortuorum

Un film de Luc Ferrari et Gérard Patris
Les Grandes répétitions, Archives INA.
1965, 44 min.
Rencontre-débat en présence de Michèle Reverdy

En dehors de la prise de son, pratique quotidienne, de la composition de musiques pour le cinéma (dès 1960), du Hörspiel dont Luc Ferrari a été l’un des rares militants-pionniersinventeurs dans le paysage musical français, une des facettes de ce personnage extrêmement inventif réside dans son rapport à la fois maîtrisé et habile à l’image et au reportage. Dès 1964, le compositeur coréalisait un cycle d’émissions internationales pour la télévision. L’année suivante, il est l’auteur et réalisateur, avec Gérard Patris, d’une série documentaire, aujourd’hui « culte », sur la musique contemporaine pour le compte de la RTF. Toutes tendances et esthétiques confondues, ces mythiques Grandes répétitions désormais restaurées par l’INA, présentaient pour la première fois à la télévision des oeuvres de Karlheinz Stockhausen, d’Edgar Varèse, des images et des témoignages en action de Cecil Taylor et d’Hermann Scherchen. Dans ce film consacré à Et exspecto resurrectionem mortuorum, d’Olivier Messiaen, le compositeur accompagne la répétition finale de la création officielle de cette oeuvre monumentale, à la fois religieuse et spectaculaire, et l’une des plus accessibles de son auteur. Commande d’André Malraux, dédiée aux morts des deux guerres, le sujet de l’oeuvre ressort de son titre : « Et j’attends la résurrection des morts ». Ses cinq parties s’appuient sur cinq textes des Écritures qui traitent de la résurrection.
L’oeuvre fut donnée d’abord le 7 mai 1965, en exécution privée à la Sainte-Chapelle à Paris, devant un public d’invités, puis le 20 juin de la même année, à Notre- Dame de Chartres, en présence du Général de Gaulle.
Dans le film, Serge Baudo dirige la répétition du concert chartrain avec l’orchestre et les Percussions de Strasbourg. Le compositeur commente chaque mouvement, s’expliquant sur le choix des rythmes, sur la signification des différents thèmes. Ce travail de mise au point de l’exécution finale nous permet enfin d’entendre l’oeuvre toute entière, mouvement par mouvement. Elle sera reprise quelques mois plus tard à Paris sous la direction de Pierre Boulez. Dans la carrière de Messiaen, Et exspecto est un jalon important, une reconnaissance forte à la fois officielle et publique pour un compositeur dont l’oeuvre si novatrice avait jusqu’alors suscité des jugements souvent peu amènes et marqués d’incompréhension.



Mercredi 23 juillet

Le charme des impossibilités

Un film de Nicolas Buenaventura-Vidal
Production : Gloria Films, Ina, Les Films du rat.
Avec le soutien de la Sacem.
2007, 80 min.
Rencontre-débat en présence de Nicolas Buenaventura-Vidal

Le beau film de Nicolas Buenaventura-Vidal porte un titre mystérieux. C’est l’histoire presque légendaire de la genèse du Quatuor pour la fin du Temps d’Olivier Messiaen.
Le compositeur qui jouait la partie de piano et ses trois interprètes ont défié l’enfermement, la guerre, le froid, la faim et réussit le miracle de la création d’un chef d’oeuvre. Une partie du Quatuor avait été composée au camp de Toul où Messiaen fit la connaissance du clarinettiste Henri Akoka et du violoncelliste Étienne Pasquier.
Le violoniste Jean Le Boulaire, quatrième créateur de l’oeuvre, fut lui rencontré au stalag, où Messiaen acheva la partition. Le camp était situé près de la ville de Görlitz ou Zgorzelec (aujourd’hui moitié allemande, moitié polonaise), à 110 km à l’est de Dresde.
Le cinéma traite ici de musique, mais en usant de plusieurs approches qui sont rarement abordées ensemble, surtout dans le documentaire. Voulant rendre compte d’un art qui est sans doute le plus abstrait de tous et qui n’a pas de contenu idéologique évident, le réalisateur a mené une enquête documentée. Il témoigne aussi, avec Messiaen et ses amis interprètes au Stalag VIII A, de la situation d’exil et de précarité que de nombreux compositeurs et musiciens ont payé, paient encore confrontés qu’ils sont parfois aux désordres et violences de l’Histoire. Il offre en reconstituant les conditions improbables de l’écriture et de la création du Quatuor pour la fin du Temps, dans le froid silésien de janvier 1941, une sorte de fiction qui aide à la compréhension de cette oeuvre culte. Et l’on sent bien que cette émotion renvoie à une expérience personnelle forte. S’inscrivant comme une contribution précieuse de l’Année Messiaen, le Charme des Impossibilités enrichit le catalogue imposant des oeuvres audiovisuelles consacrées au compositeur, tout en en renouvelant profondément la manière.
Nicolas Buenaventura-Vidal est né à Cali en Colombie et possède la double nationalité franco-colombienne. Il a réalisé un long métrage de fiction, plusieurs moyens métrages et des documentaires. Il est aussi scénariste, conteur, dramaturge, metteur en scène et acteur dans ses propres pièces.

Jeudi 24 juillet
Série "Piano du XXème Siècle"
Rencontre-débat en présence de d'Arnaud De Mézamat (sous réserve)


Olivier Messiaen : La Bouscarle
Un film d'Arnaud De Mézamat
Production Abacaris Films, Centre Georges Pompidou, BPI, Arte France.
Avec le soutien de la Sacem. 2000, 29min.

1961 Karlheinz Stockhausen : Klavierstück IX
Un film d'Elisabeth Coronel et Arnaud De Mézamat Production Abacaris Films, Centre Georges Pompidou, BPI. Avec le soutien de la Sacem. 1998, 30min.

« Piano du xxe siècle » constitue une série de quatre films réalisés entre 1995 et 2001, consacrés successivement à des interprétations d’oeuvres de Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Olivier Messiaen et Gyorgy Ligeti. Le retrait d’Arte-France a malheureusement interrompu cette collection exigeante, réalisée avec des moyens « cinéma » et illustrée par les commentaires précis et pertinents de Pierre-Laurent Aimard, émis depuis son clavier. Olivier Messiaen : La Bouscarle (1956) « La Bouscarle » est une invitation à découvrir cette pièce extraite du Catalogue d‘Oiseaux d‘Olivier Messiaen, l‘une des oeuvres les plus singulières du xxe siècle.
Les chants d‘oiseaux sont l‘une des sources essentielles d‘inspiration d‘Olivier Messiaen. Commencé en octobre 1956 et achevé le 1er septembre 1958, le cycle des treize pièces du Catalogue d‘Oiseaux, dont est extrait la Bouscarle, une variété de fauvette (pièce IX), occupe une place très particulière dans l’oeuvre du compositeur : celle d‘un ressourcement dans un contact étroit et durable avec la nature. Même si Messiaen revendiquait l‘inspiration naturaliste de ces pièces, celles-ci ne sont évidemment pas à écouter comme des charades ornithologiques. Elles sont l’expression de sa force créatrice : audace formelle, beauté des timbres, invitation à une authentique imprégnation méditative.
En bref, tout ce qui fait la couleur unique du piano d‘Olivier Messiaen. Karlheinz Stockhausen : Klavierstück IX (1961) La composition des cycles de Klavierstücke (18 au total) de Stockhausen s’étend de 1952 à 2004. Si ces pièces sont comme souvent les laboratoires des oeuvres de plus grande ampleur composées dans la même période, elles renouvellent considérablement l’écriture pour piano. Le Klavierstück IX, commenté et interprété au piano par Pierre-Laurent Aimard est l’une des oeuvres les plus retentissantes de la littérature contemporaine pour le piano.
Composée par Stockhausen en 1954, restée inachevée, cette partition a reçu en 1961 sa forme définitive. Elle s’inscrit dans le sillage de la révolution sérielle inaugurée par Schoenberg : les paramètres habituels de la musique (l’harmonie, la mélodie, le rythme) ne sont plus hiérarchisés ; de même, le son, le bruit et le silence sont mis à égalité. Stockhausen, comme d’autres compositeurs du second après-guerre, introduit même dans l’écriture des paramètres nouveaux comme l’espace sonore.
Comment écouter cette pièce faite de tensions extrêmes, de perte des repères et d’une approche radicale des divers niveaux de résonnance ? Ce film propose plusieurs sortes de clé : avec d’une part, les explications de Pierre-Laurent Aimard au clavier, et d’autre part, une pédagogie par l’image conduisant à des options cinématographiques affirmées (noir et blanc, découpage selon la partition, son direct, etc.).
Les auteurs accordent également une grande attention à la gestuelle du pianiste, remarquable par son statisme et sa concentration.

Vendredi 25 juillet

Helicopter String Quartet

Un film de Frank Scheffer
Production Allegri Films.
1996, 75 min.
Rencontre-débat en présence de Martin Kaltenecker, musicologue

Par sa radicalité et son extraordinaire créativité, Karlheinz Stockhausen a occupé, dès le début des années 50, une position dominante dans la nouvelle musique, alors émergente. Il a renouvelé les concepts compositionnels, réalisé un travail pionnier dans le domaine électro-acoustique, recherché une synthèse personnelle mêlant matériaux historiques et influences extra-européennes.
Homme de foi, il développa l’idée, explicitée dans de nombreux textes, d’une « musique universelle », à dimension cosmique débouchant sur le projet d’un immense opéra étendu aux sept jours de la semaine, Licht, auquel il travailla de 1977 à 2002. Au terme de cinq décennies consacrées en grande partie à la transmission de son oeuvre et de son savoir (innombrables cours et conférences à travers le monde depuis 1958), il disparait le 5 décembre dernier à Kürten, près de Cologne, où il avait lui-même conçu sa maison.
L’Helikopter-Streichquartet renvoie à la dimension ludique et fantasque également présente dans son oeuvre. « Ayant reçu la commande d’un quatuor à cordes pour les Arditti, c’est alors, raconte le compositeur, que je fis un rêve : je vis et entendis les quatre musiciens jouant en plein vol dans quatre hélicoptères. Je vis simultanément des gens au sol, assis dans une salle équipée de matériel audiovisuel et d’autres à l’extérieur sur une grande place. Dans chacune des quatre directions, on pouvait voir et entendre en gros plan l’un des quatre musiciens. Ceux-ci exécutaient la plupart du temps des trémolos qui s’harmonisaient si bien avec les timbres des pales des rotors que les hélicoptères en devenaient comme des instruments de musique… ».
En juin 1995, à Amsterdam, le rêve est devenu réalité. Le film de Frank Scheffer rend compte de l’aventure, de la première répétition jusqu’à la création de l’oeuvre. Frank Scheffer est un maître européen du documentaire. À l’instar d’un D.A Pennebaker ou d’un Bruno Monsaingeon, la meilleure part de sa filmographie concerne la musique, mais élément supplémentaire d’originalité et de rareté, ce qui l’intéresse tout particulièrement est la musique contemporaine, ses oeuvres de référence et ses grands

Samedi 26 juillet


Eldorado Prejlocaj

Un film d'Olivier Assayas
Coproduction ARTE France, MK2 TV.
2007, 90 min.
Rencontre-débat en présence de Geneviève Vincent, historienne de la danse

La musique de Karlheinz Stockhausen a toujours intéressé les chorégraphes tandis que le compositeur accordait une vraie importance à la danse. Après Maurice Béjart, Michèle Noiret, Didier Deschamps, Lia Rodrigues, Angelin Preljocaj s’est confronté à deux reprises à la musique de Stockhausen. « Il savait, explique le chorégraphe, que j’avais déjà chorégraphié l’une de ses musiques, Helikopter, car je lui en avais demandé l’autorisation. Trois ans après, il m’a envoyé un mail pour me convier chez lui et là, il m’a fait entendre Sonntags Abschied (l’Adieu du Dimanche), morceau final de son grand cycle opératique, Licht. […] La musique de Stockhausen est passionnante à chorégraphier. Elle ouvre un espace physique et mental, et n’impose rien. Il faut juste humblement se hisser à sa hauteur, pour dialoguer sans être écrasé. » (Le Figaro / 27.02.08) Pour sa part, Stockhausen se déclarait séduit par le travail de Preljocaj : « J’ai été surpris par la composition dans l’espace, le choix original des mouvements, des gestes, des postures et par la relation étroite entre la mesure, le rythme et les registres. Il peut garder la vague du timing pendant trente-cinq minutes, tient la concentration, renouvelle les mouvements… » (Libération / 10.07.07) Olivier Assayas pour qui la direction d’acteurs est une chorégraphie entre caméra et comédiens, a été séduit à son tour par l’univers d’Angelin Preljocaj, et par le défi que le chorégraphe lui proposait.
Le film se propose de mettre en lumière les résonances entre partition et mouvement, de voir naître les chocs, les affrontements mais aussi les échanges, les prolongements du son dans le geste, les échos jusqu’à l’abstraction. En soulevant le voile des secrets de la gestation de l’oeuvre, l’oeil du metteur en scène guette les moments de joie, d’angoisse de cette création ambitieuse. Le tournage a été réalisé durant toute la durée des répétitions, afin d’être au plus près des danseurs et du chorégraphe.
Dans la captation-recréation d’Eldorado comme dans le documentaire qui l’accompagne, la caméra se porte surtout sur les visages. Olivier Assayas le confirme : « Le visage est tout. C’est pour ça que je suis les danseurs au plus près, en les individualisant à l’intérieur du ballet et en développant ce rapport au corps caractéristique de la danse contemporaine. » Le visage comme climax de cette vision du Paradis composée par Stockhausen, confiant au chorégraphe lors de leur dernière rencontre : « Pour moi, cette vie est une préparation à une vie beaucoup plus spirituelle.
Le Paradis est un lieu à construire avec de la beauté et une multiplicité créatrice. » À l’image d’Eldorado, film et chorégraphie fondus en un même geste.

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Avant- premiÈres et coups de cŒur
Modérateur : Gaël Marteau
Texier-Sclavis-Romano
Lundi 28 juillet


La Nuit d'Henri Texier

Un film de Frank Cassenti
Production Oléo Films. Avec le soutien de la Sacem.
2008, 85 min.
Rencontre-débat en présence de Frank Cassenti

Le film de Frank Cassenti est conçu comme le fil conducteur du parcours d’un artiste fou d’images et de musique autour d’une fête organisée pour lui, par lui, avec un concert hors normes qui s’est déroulé le 8 décembre 2007 au Trianon à Paris, à l’occasion des XVIe Nuits des Musiciens. Cette « Nuit » avait réuni sur la même scène de nombreux musiciens qui comptent dans l’histoire et l’actualité d’Henri Texier, d’Aldo Romano à Louis Sclavis en passant par le jeune pianiste prodige Yaron Herman ou son propre fils, l’excellent saxophoniste-clarinettiste Sébastien Texier.
Frank Cassenti a organisé le montage de son film par des allers et retours entre ces concerts exceptionnels, leurs préparatifs et répétitions et des témoignages du cinéaste Bertrand Tavernier, du photographe Guy Le Querrec ainsi que des musiciens proches d’Henri Texier afin de saisir toute la singularité et l’intégrité de la démarche de ce musicien, compositeur et homme de projets horspair.
Pilier de la scène vivante du jazz, Henri Texier est en effet aussi un incontournable compositeur de musiques pour l’image qui a travaillé avec Tavernier, Miller, Bertucelli. Le film témoigne de la manière dont Henri Texier a organisé humainement le déroulement de cette « nuit » où ont cohabité tant de personnalités musicales différentes. Il ne s’agissait pas pour lui de superposer seulement des musiciens talentueux pour faire de la bonne musique, mais de raconter une histoire, l’histoire de sa vie où se télescopent tous ses rêves et ses désirs. Des désirs de théâtre et de cinéma à travers des musiques de scènes, des désirs de voyages avec toutes les influences musicales qui imprègnent ses créations, le désir enfin de remonter vers ses racines celtiques tout en racontant le réel et l’état du monde. Réalisateur de fictions (L’Affiche Rouge, La Chanson de Roland, Novecento, …), Frank Cassenti, grand documentariste, filme depuis trente ans les musiciens de jazz pour traduire l’âme de la musique. Sa connaissance intime du jazz, fondée aussi sur une pratique personnelle, et son style de filmage introduit le spectateur au coeur même de l’action musicale pour en saisir toute l’émotion. Frank Cassenti a réalisé près d’une centaine de documentaires sur la musique : Lettre à Michel Petrucciani, Je suis jazz c’est ma vie… Des films sur Miles Davis, Dizzy Gillespie, Duke Ellington, Stéphane Grappelli, Archie Shepp… ou encore Dee Dee Bridgewater et Richard Galliano.


David Murray Mardi 29 juillet

David Murray: I'm a Jazz Man

Un film de Jacques Goldstein
Co-Production : La Huit Production et Arte France.
Avec le soutien de la Sacem.
2007, 52 min.
Rencontre-débat en présence de Jacques Goldstein

David Murray, et il faut prendre à la lettre le titre du film, est un héros du jazz, cette musique qu’il a portée au plus haut, jusqu’au paroxysme. Au point d’en sentir les limites formelles et de vouloir les reporter plus loin… Voilà pourquoi ce saxophoniste américain, au faîte de sa carrière, a choisi de quitter les États-Unis pour s’installer à Paris au milieu des années 90.
À l’instar d’autres artistes afro-américains, David Murray a trouvé en Europe les opportunités d’ouvrir son spectre musical, d’enrichir son univers, de l’irriguer de nouvelles influences sans pour autant en modifier la trajectoire : « L’esprit du jazz permet la connexion naturelle avec toutes les musiques sud-américaines, caraïbes et africaines… et moi, je cherche à travers tous ces voyages à comprendre qui je suis, quelle est la place de ma communauté dans une histoire plus globale ». C’est ce retour vers le jazz, plus désiré que jamais, que ce film propose de retracer, à travers quelques étapes décisives pour les retrouvailles avec l’identité créole de David Murray.
En le suivant lors d’enregistrements sur le terrain, à l’occasion de rencontres avec des musiciens haïtiens, guadeloupéens et cubains, à la manière d’un carnet de voyage, où chaque pièce de ce puzzle qu’est le jazz se dispose pour former au final le portrait d’un musicien de son temps, enraciné dans le blues mais les antennes ouvertes, toujours en alerte. Après des études de philosophie et d’esthétique, Jacques Goldstein s’est dirigé vers la télévision et devient assistant pour l’émission les Enfants du rock, qui marquera un temps fort, mais trop rare, de la présence des musiques actuelles au sein du service public de l’audiovisuel. Il y produit et réalise par la suite des portraits de musiciens tels que Miles Davis, noir sur blanc en 1986.
Son catalogue d’oeuvres compte aujourd’hui de nombreux films consacrés à la musique, qu’il s’agisse de portraits d’artistes ou de recréations de concerts, notamment dans le cadre du festival francilien Banlieues Bleues. Il a également réalisé de nombreux films documentaires, carnets de voyages, et magazines culturels.


Jacques Higelin Mercredi 30 juillet

Higelin en chemin

Un film de Romain Goupil
Coproduction Les Poissons Volants/ Capitol Music une division EMI Music France/ Ina.
Avec soutien de la Sacem.
2008, 52 min.
En présence de Romain Goupil (sous réserve)

Le parcours de Jacques Higelin est à la fois atypique et exemplaire. Dans un métier qui fait la part belle au disque, Higelin est en effet l’un des rares artistes de sa génération qui a délibérément construit son succès par la scène. Longtemps boudé par les médias audiovisuels avec lesquels il entretiendra toujours une relation houleuse, Jacques Higelin s’est attaché, d’abord par les concerts dans les petits lieux, les spectacles de rue, les tournées loin de Paris et hors des réseaux consacrés, un noyau dur d’auditeurs/spectateurs, dont les rangs ne cesseront de grossir, jeunes comme moins jeunes, au gré des avatars du phénomène Higelin, tantôt rocker, tantôt baladin, tour à tour électrique et acoustique, jamais vraiment réconcilié, toujours irrésistible.
Alors qu’il a commencé dès la fin des années 50 un parcours de comédien qui l’amènera à collaborer à plus d’une vingtaine de films pour le cinéma et la télévision, avec Jean Becker, Yves Robert, Gérard Pirès, Jacques Doillon, il ne s’installe pas plus dans une carrière au cinéma qu’il ne le fait en musique. Insaisissable, touche à tout, Jacques privilégie les rôles dans lesquels il met Higelin en scène autant qu’il est dirigé, campant notamment, dans La bande du Rex réalisé en 1980 par Jean-Henri Meunier, un certain Frankie Megalo, projectionniste-rocker « électrisant ».
Pour retracer le cheminement de Jacques Higelin depuis les débuts au cabaret rive gauche avec Rufus et Brigitte Fontaine – complice depuis toujours et, s’il devait en avoir un, alter ego en musique – jusqu’à un dernier album et une tournée qui scellent une fois de plus en 2006 et 2007 les retrouvailles avec un public fidèle, il fallait un réalisateur qui puisse renouer les fils d’une histoire actuelle autant qu’ancienne, éclairer la part d’ombre et déjouer le mythe, mais aussi témoigner de la force du lien de proximité que nous croyons tous pouvoir revendiquer dès qu’il est question de Jacques Higelin.
Romain Goupil connaît Jacques Higelin depuis toujours ou presque, puisque ce dernier a été son baby-sitter. Des moments passés ensemble à cette époque, Jacques jouant avec Romain et ses soeurs plus qu’il ne les gardait, subsiste non seulement l’amitié qui a rendu possible la réalisation de ce portrait, mais aussi quelques archives où l’un apparait sur les premiers films bricolés par l’autre. Romain Goupil a réalisé de nombreux longs métrages et documentaires, dont Mourir à trente ans, Caméra d’Or à Cannes en 1982, Lettre pour L…, Prix du Public à la Mostra de Venise en 1996, Une pure coïncidence (2002) et Quotidien Bagdad (2004).


Jeudi 31 juillet

La Passion Boléro

Un film écrit par Christian Labrande et Michel Follin, réalisé par Michel Follin .
Production 13 Production. Avec le soutien de la Sacem.
2007, 52 min.
Rencontre-débat en présence de Michel Follin


Jugée exaspérante ou envoûtante, fredonnée aux quatre coins de la planète dans les arrangements les plus divers, oeuvre la plus jouée du répertoire classique, le Boléro de Maurice Ravel s’inscrit en nous, comme s’il faisait partie de notre patrimoine génétique, ainsi que le suggère Jean Échenoz dans son remarqué Ravel, publié en 2006 aux Éditions de Minuit. Paradoxe venant s’ajouter à la longue liste des étrangetés entourant le Boléro : jusqu’à présent aucun travail documentaire audiovisuel ne lui avait été consacré.
S’inscrivant dans une série de monographies d’oeuvres, coproduites par Arte et projetées précédemment à Montpellier, La Passion Boléro corrige cet oubli en se proposant d’élucider ce qu’on peut appeler le « mystère Boléro » : comment une oeuvre apparemment aussi simple a-t-elle pu devenir un immense succès populaire, tout en étant inscrite au répertoire des interprètes les plus exigeants ? Peut être l’une des clefs de cet incroyable succès, que le film s’attache à élucider, se trouve-t-elle au fil des pages que Claude Lévi-Strauss a consacré au Boléro dans son livre L’Homme nu ?
Il n’hésite pas en effet à y définir Ravel comme un musicien du « message », plaçant l’auditeur en situation de « créateur en négatif, de qui la musique émanée du compositeur vient combler les creux ».
Michel Follin a travaillé d’abord comme monteur des films musicaux de François Reichenbach ; il a collaboré également avec Abel Gance, Jean-Michel Meurice, Janine Bazin, André S. Labarthe. En 1983, il reçoit le Prix Italia pour Le corps de mon identité (52 mn, FR3), l’un de ses premiers films en tant que réalisateur. En 1990, il signe son premier documentaire musical, Une leçon particulière de musique avec Marek Janovski (52 mn, La Sept), lauréat du Prix Sacem du Meilleur Documentaire de Création Musicale, distinction qu’il recevra à nouveau en 1994 pour Györgi Ligeti, un portrait, coécrit avec Judith Kele et Arnaud de Mézamat, également Grand Prix au FIFA de Montréal, la même année. Michel Follin est aujourd’hui reconnu comme un réalisateur majeur de films sur la musique, lauréat du FIPA d’argent en 2004 avec Pascal Dusapin, l’être en musique, un compositeur auquel il avait déjà consacré un premier documentaire en 1998 (Quatuor IV). Il a réalisé récemment Une aventure musicale : l’Ensemble Intercontemporain, à l’occasion des 30 ans de cette formation prestigieuse, et tourne actuellement un portrait de Martial Solal.