Le Festival de Radio France et Montpellier

calendrier soirées du Festival Edition 2009


Lundi 20 et Mercredi 22 juillet - 20h - Théâtre des Treize Vents

Entrée libre



Daniel Terrugi

Daniel Teruggi
© Ouzounoff


Jean Claude Fall

Jean-Claude Fall
© Marc Ginot

Emmanuelle Laborit

Emmanuelle Laborit
© IVT/Gérard Dumax

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






 

Jean Vermeil
Jean Vermeil
© droits réservés

 

 


Parole perdue

Drame acousmatique
Dispositif électroacoustique GRM de l'INA
Création mondiale

Jean Vermeil, Livret et dramaturgie
Daniel
Teruggi, Musique acousmatique

Emmanuelle Laborit, Comédienne
Guillaume Depardieu, Voix enregistrée

Mise en scène Jean-Claude Fall

Coproduction Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon/ Opéra National de Montpellier Languedoc-Roussillon / Théâtre des Treize Vents / INA - GRM


version anglaise version anglaise

Daniel Terrugi présente
Parole perdue

Un homme veut retrouver une femme, sa femme, et son seul moyen d’y parvenir c’est avec sa voix ; voix téléphonique, de répondeur, d’interphone, de partout. Homme invisible mais présent, acousmatique* et dramatique ; il utilise ses ressources expressives pour aller au-delà des mots et de la distance. Ce drame est en musique, acousmatique comme la voix de l’homme, tour à tour support, aide, appui, confusion, multiplication, élargissement. Des centaines d’autres sons participent au drame ; les sons du quotidien devenus musique, les sons du songe provoquant l’imaginaire, les sons de la voix véhiculant les émotions qui colorent et enveloppent la musique.

Le texte écrit par Jean Vermeil, a été enregistré par Guillaume Depardieu en 2004. L’enregistrement imprime déjà le caractère dramatique de l’œuvre et fournit une partie importante du matériel sonore qui servira à façonner et construire la musique.
D’autres sons, nombreux, contribuent à créer le matériel de départ de l’œuvre : enregistrements divers de situations ou de phénomènes acoustiques, sons instrumentaux, fragments des musiques du compositeur.
Les sons sont par la suite transformés et modifiés pour devenir le matériel musical du drame. Finalement les éléments sont réunis et organisés dans la construction musicale ; dans laquelle le texte devient le fil conducteur du drame, depuis l’approche initiale jusqu’à l’aboutissement final.
La voix de Guillaume Depardieu anime l’action de l’homme, invisible mais audible.
Il échange, dialogue, contrôle la femme : Emmanuelle Laborit.
Elle reçoit les sons, réagit dans son silence total, devient tour à tour indifférente, curieuse, contrôlée, dominée… La mise en scène de Jean-Claude Fall apporte ce lien, fort et précis, entre musique et présence sur scène.

Daniel Teruggi


*Acousmatique : se dit des sons qu’on entend sans en voir la source. Modalité de la musique électroacoustique favorisant l’écoute des musiques sans intermédiaires instrumentaux.

 

Parole perdue,
le projet mot à mot


Parole perdue inverse la situation de la Voix humaine, imaginée par Jean Cocteau et mise en tragédie lyrique par Francis Poulenc.
Chez les aînés, la femme délaissée tente de reconquérir l'amant durant une conversation téléphonique dont ne s'entend qu'une moitié. Ce qui suffit à en saisir le sens.
Face au téléphone tout neuf, les artistes d'alors imaginaient de nouveaux modes de communication, avec leur grandeur et leurs mensonges. Sacha Guitry misait sur la panne made in France, avec son cynisme légendaire : « Avez-vous remarqué que, lorsqu'on fait rétablir une conversation téléphonique coupée, on s'aperçoit qu'on s'était tout dit ? » .
Dans Parole perdue, plus d'émerveillement technique, même si le téléphone portatif, devenu portable par le retour du vieux français anglo-normand, a généré ses rapprochements et tricheries : « Où es-tu ? » a remplacé « Comment vas-tu ? ». Il s'agit ici de nudité humaine, masculine même, une douleur qui se passe d'invention, finissant par recourir à l'acoustique la plus sommaire.
La situation est devenue : l'homme, chassé de l'appartement depuis un instant ou une éternité, tente de reconquérir la femme qui, seule sur scène, l'écoute avec réticence, sans un mot. Comme il arrive en tel cas, l'homme éperdu profère une parole perdue. Des bribes, les geignements, comme les paroles gelées de Rabelais : une dégelée de paroles, à vrai dire, car il se fâche aussi dans sa virilité. Je voulais rire, mais dans l'amertume, de cette situation trop souvent vécue, celle même qui tira de Jacques Brel un « Ne me quitte pas » dont le succès damné le décevait : loin de tout pathos, il avait voulu débiter les lamentables clichés proférés par homme en telle situation. Mais l'homme est dressé à lutter, viril dit-on, soit tenace plus que vraiment courageux. Il insiste, il bricole, il sauve la face.
De cette petitesse sont nées de grandes guerres ou de grandes œuvres. Du trottoir, l'homme établit ici un véritable siège par la parole qui le mène à utiliser le téléphone, cabine ou portable, puis le répondeur permettant les retards et les ruses, puis plus près encore l'interphone où les voix des voisins s'en mêlent (s'emmêlent), enfin le tuyau du vide-ordures où sa voix, qu'il joint à celle d'une autre femme qu'il a retrouvé à un autre étage, émerge des déchets. Improbable dénouement, mais si réparateur pour les garçons.
Les filles qui n'apprécieront pas cet accroc à l'un de leur principaux pouvoirs retiendront qu'il sort de la poubelle. Pour renforcer le malaise de l'incompréhension, écoute rejetée d'un côté, arme mutilante du silence de l'autre, j'ai très vite pensé à confier le rôle de la femme sans voix à Emmanuelle Laborit qui l'a accepté avec enthousiasme. Par elle, s'opérerait nécessairement chez le spectateur la confusion entre le non vouloir et le non pouvoir communiquer, gravant l'incompréhension dans la chair.
Dans ses conversations avec François Truffaut, Alfred Hitchcock explique que la clé du suspense consiste à jouer avec la ruse du spectateur et à se jouer d'elle. Il fallait encore une voix pure et douloureuse pour proférer sans vulgarité le babil de l'homme qui risque le tout pour le tout : l'intime comme le public, le passé comme l'avenir, le mesquin comme les fulgurances du génie.
Guillaume Depardieu a accepté ma proposition. Il a su se montrer accessible à cette fraîcheur, par intuition et par la manigance de son entourage qui lui a confirmé l'exigence et le désintéressement du propos, heureux de le voir s'abstraire un instant de ses griseries. Mais ces ingrédients, texte, voix et corps, n'iraient se transmuter que par la musique, une musique de qualité. Or l'époque veut que la musique contemporaine vive un rapport difficile avec la voix. Instrument porteur du sens de la parole, la voix parlée ou chantée dispose d'un pouvoir inouï face aux instruments et instrumentations les plus raffinés.
Les compositeurs jalousent peut-être cette force naturelle qui éclipse leur travail savant. Sans compter que la puissance financière colossale de la voix chantée par le folklore industriel les indispose par son indécence. La musique électronique, électroacoustique en fait, s'avérait la solution la plus simple et la plus radicale à la fois : elle utilise la voix, comme tout autre matériau sonore, pour en tirer toute sa musique, en même temps qu'elle la respecte en tant que telle, pour l'intelligibilité du propos, tout en la remodelant entre le dicible et l'indicible.
Daniel Teruggi a répondu avec fougue à mon invitation. Cet Argentin de Paris produit une œuvre souple et puissante, dont le dernier opus, Transmutations, vient d'être créé à la Maison de Radio-France. Il dirige également le Groupe de recherches musicales, phare de l'aventure française de la musique électroacoustique.
Depuis Pierre Schaeffer, initiateur de la musique concrète, le Groupe de recherches musicales dispose des moyens les plus récents pour travailler le son. Le stade actuel de ce raffinement technique s'intitule musique acousmatique, aussi avons-nous dénommé le genre de notre œuvre commune drame acousmatique. Qui devait s'appeler d'abord Vox humana, clin d'œil à Cocteau et à mes dimanches de jeunesse au temple réformé. Mais un autre Argentin a pris ce titre, avons-nous appris : Maurizio Kagel... Cet opéra de chambre électronique se présente comme une œuvre verbale et musicale élaborée et diffusée sur un support enregistré. Ceci ne fige rien puisqu'elle est chaque fois interprétée, recomposée par l'auteur penché sur sa console. Un des enjeux de Parole perdue est d'ailleurs de rester électroacoustique tandis que la stratégie d'encerclement de l'homme devient de plus en plus naturellement acoustique, jusqu'à la déchéance et la vengeance finales...

L'enregistrement de Guillaume Depardieu a eu lieu un matin d'automne dans le studio du G. R. M. Il a livré le meilleur de sa voix très musicale — douce et véhémente, ferme et enfantine. Il ne devait rester que quelques heures pour la séance d'enregistrement. Musicien dans l'âme, il s'est attardé à créer dans la création de Daniel et moi, imaginant divers timbres, couleurs ou rythmes à chaque cellule du texte, offrant d'enregistrer toutes les voix des protagonistes de l'interphone — pastiche, imitation, interprétation.
Il voulait d'abord faire oublier qu'il n'avait rien préparé, il oubliait maintenant avec bonheur le monde rugissant dans la tour d'ivoire d'un studio de compositeurs. Au comble du bien-être, il s'est fait électronique lui-même lorsqu'il a très simplement tiré un fil de sa jambe pour la recharger à une prise de courant. Puis la ville l'a repris et il a dilapidé son modeste cachet syndical dans un hélicoptère... Une autre grande rencontre avait eu lieu juste avant, que j'avais souhaitée entre Emmanuelle Laborit et Guillaume Depardieu.
Entente immédiate et affection de sœur à frère, de frère à sœur. On s'est bagarré, on s'est fait des niches. Qu'on ne me parle pas d' « êtres blessés par la vie » : Guillaume sautait comme un cabri à la terrasse et Emmanuelle s'y montra la fieffée bavarde que tous ses amis connaissent... J'ai eu le temps de trouver une boîte pour photographier leurs ébats. L'arrivée du troisième créateur, grâce à René Koering, le metteur-en-scène Jean-Claude Fall, a renforcé depuis cet esprit de famille. Tunisois comme moi, entre autres affinités qu'on se découvre lorsqu'il y a... affinité. Parmi ses réussites à Saint Denis, à Montpellier ou au théâtre de la Bastille qu'il fonda, il en fut une où il avait déjà croisé Emmanuelle pour connaître le monde des signes. Ensemble, on invente maintenant les gestes sobres et l'espace audiovisuel de ce drame acousmatique. On met au point pour elle les signes visuels du sonore qui l'aideront dans son évolution.
Emmanuelle Laborit préconise des lumières, un sol sensible aux vibrations et surtout pas de prompteur : la vie n'est pas un journal télévisé.

Jean Vermeil


Infos transport:
Aller: Pour Montpellier / Grammont :
Tram ligne n°1 jusqu’à Odysseum puis ligne n° 9 direction Grammont
Retour: Navette unique jusqu’à la gare.
A Grammont, les navettes (2) attendent les spectateurs 20 minutes après la fin des spectacles, à l’arrêt du bus n°9 sur le parking du Zénith.



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