Le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon
13 - 31 juillet 2009
decouvertes lyriques
1985
Camille Saint SaËns
Dejanire

Mardi 9 juillet 1985
 

programme 1985

Opéra

DUNJA VEJZOVIC, Dejanire
JAN BLINKHOF, Hercule
ANDREE FRANÇOIS, Iole
ALEXANDRA PAPADJIAKOU, Phénice
PETER BINDER, Philoctete

JEAN-FRANÇOIS HEISSER, piano
ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
SERGE BAUDO, Direction

Dejanire

A l'occasion de la construction des Arènes de Béziers en 1897 un riche amateur de musique Castelbon de Beauxhostes décida d'y donner des représentations théâtrales. Saint-Saëns, au cours d'une série de concerts donnés dans les villes du Midi, fut invité pour "essayer la sonorité des Arènes".
Louis Gallet avait alors, en projet, une tragédie : "Déjanire" d'après les Trachidiennes de Sophocle et l'Hercule de Sénèque.
Saint-Saëns et Gallet arrêtèrent les grandes lignes du projet :
ce ne serait pas un opéra, mais une tragédie antique avec chœur chanté à la façon antique. On y prévoyait un intermède symphonique, un ballet de noces d'Hercule et une apothéose du héros.

Voici le sujet de "Déjanire" lui même :
"Hercule pour se venger d'un outrage, a tué le roi d'Odéalie et saccagé la ville. Parmi les prisonniers se trouve Iole, la fille d'Eurythus, dont Hercule tombe amoureux et qu'il veut épouser. Il charge Philoctète de l'en informer. Mais Philoctète et Iole s'aiment et cherchent le moyen de détourner Hercule de son projet.
Cependant Déjanire, la femme d'Hercule, apprenant son abandon, en accuse Junon et envoie un messager à Hercule pour lui faire savoir qu'elle veut le revoir. Hercule refuse de la recevoir et lui ordonne de retourner à Chalidon. Furieuse, Déjanire arrive dans son char. Elle pénètre dans le gynécée où se trouve Iole et, après une explication avec celle-ci, elle lui remet, pour qu'elle-même la donne à Hercule, la tunique de Nessus.
Cette tunique doit ramener à Déjanire l'amour de celui à qui elle l'aura fait revêtir. Hercule reçoit des mains de Iole le vêtement qu'il revêt, mais comme il lui cause d'intolérable s brûlures et qu'il ne peut s'en débarasser, poussé par la souffrance et la rage impuissante, il se précipite dans le bûcher allumé pour célébrer son prochain hymen ; Déjanire se tue de désespoir".

Le journal "l'Art Méridional" constate le triomphe en ces termes "une fois de plus le Midi de la France a vaincu le Nord, malgré que le Midi ait, comme subvention ministérielle, plus de paroles que d'argent.

Le "Monde musical" du 15 septembre 1898 publie ces lignes :
"soudain l'air retentit formidablement de trois coups d'appel sortis de la cloche d'airain, un doux motif de harpes en prolonge les vibrations. La muse paraît sous les traits de Mlle Jeanine Rabuteau, de l'Odéon, et soutenue par un murmure d'orchestre, elle dit le salut que Louis Gallet adresse à la ville de Béziers. De frénétiques applaudissements éclatent de toutes parts...".

Le "Petit Méridional" :
"...L'enthousiasme était à son comble. La joie débordait de tous les cœurs, et cette manifestation naturelle est le plus beau témoignage de haute estime que puisse ambitionner un auteur... Nous sommes sortis de la deuxième de Déjanire, satisfaits de l'interprétation, mais fiers pour notre Béziers de sa fête incomparable".

- Deux représentations de Déjanire, devant 12000 spectateurs chaque fois, réalisent une recette de 150 000 Francs.

Dans "Le Journal", Catulle-Mendès écrit
"parlons de la musique de M. Camille Saint-Saëns, elle est digne du grand artiste à qui l'on doit, à qui l'on devra encore, des œuvres voisines d'être des chefs-d’œuvre" et, dans le "Figaro" - "En résumé, c'est un succès colossal - plus que cela, c'est un véritable triomphe - la nouvelle voie a été glorieusement tracée, à Beziers, par le Grand Maître de l'Ecole Française : Saint-Saëns et par son collaborateur Louis Gallet - Le nouveau champ est vaste et plein d'avenir, croyons nous - honneur et gloire donc à St-Saëns et Gallet !".
Le théâtre de l'Odéon, à son tour, représentait Déjanire, le 11 novembre 1898, en présence du Président de la République, M. Félix Faure.

Cependant l'acceuil triomphal réservé à cette œuvre ambigüe ne fit pas oublier à St Saëns que l'œuvre gagnerait à être transformée en drame lyrique, en véritable opéra. Ce qui fut fait pour l'opéra de Monte-Carlo, où fut donné la version définitive que le Festival présente ce soir.