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Othmar
Schoeck Penthésilée Jeudi 16 Juillet 1998 |
Gaspari,
Platania, Rossi, Buzolla, Bazzini, Pedrotti, Cagnoni, Ricci, Nini,
Boucheron, Coccia, Mabellini, Verdi Requiem pour Rossini
Vendredi 31 Juillet 1998
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Othmar Schoeck Penthésilée Opéra en un acte opus 39 (1924-1925) Livret d'Othmar Schoeck D'après le drame de Bernd Heinrich Wilhelm von Kleist Création en France - Version concert Birgit Remmert, alto, Penthésilée, reine des Amazones Une PenthÉsilÉe romantique, nÉe chez HomÈre On trouve l'origine du sujet de Penthésilée dans
l'Iliade d'Homère. Achille, qui s'est retiré de la guerre
de Troie, ne vient au secours de ses compagnons grecs que lorsque ceux-ci
ont été mis dans une situation embarrassante par les partisans de la
ville assiégée. Parmi les alliés de Troie, on rencontre également l'armée
des Amazones. Dans le récit d'Homère, il n'y a pas d'entrevue amoureuse entre Achille et Penthésilée, et Achille n'est pas destiné à mourir. Les Amazones, "ces mâles guerrières" ne sont qu'évoquées. Dans la tragédie de Kleist, écrite en 1808, Achille trouve la reine des Amazones gisant mortellement blessée au pied d'un arbre. L'ayant dépouillée de son casque, il s'éprend de sa beauté. Cette tragique rencontre constitue le cœur du sujet. Leurs exigences, en raison de leur diversité, s'avèrent inconciliables : au royaume idéal de l'amour, s'oppose la contrainte réelle de la guerre. Ce conflit insurmontable cause la perte des principaux personnages. L'argument Schoeck a concentré le sujet du drame sur
le noyau de ce conflit amoureux. Son œuvre commence sur les fracas
de la bataille qui se livre entre les Grecs et les Amazones (hors de
la scène). Le compositeur Le compositeur suisse Othmar Schoeck est né à Brunnen en 1886 et mort à Zurich en 1957. Il est l'auteur de plus de quatre cents lieder - on l'a souvent surnommé le "Schubert suisse" -, de huit œuvres scéniques, de diverses œuvres instrumentales et symphoniques. Son langage à la fois très expressif et d'une écriture raffinée, est parent de celui de Zemlinsky et de Berg. "Schoeck, écrivait Willy Schuh, premier biographe de Richard Strauss, fait partie des très rares musiciens qui ont réussi à repousser les frontières de la musique tonale et à nous projeter hors des styles classique et romantique traditionnels sans créer de schisme ni tomber dans l'expérimentation." L'œuvre Le livret de Penthésilée est inspiré d'un drame en un acte d'Heinrich von Kleist écrit en 1808. L'œuvre d'Othmar Schoeck fut composée en 1924-1925 et représentée pour la première fois à Dresde le 8 janvier 1927. Le compositeur commence son histoire à la scène 9 de la pièce de Kleist. Les personnages Achille (baryton) et Diomède (ténor),
rois grecs L’alliance du verbe et de la musique "La musique se consume langoureusement, tel un hommage à la beauté. Elle me met dans tous mes états quand je l'entends. Les volets clos, je reste assis toute la journée, je joue et j'en oublie complètement le temps." C'est en effet bien à elle, la musique, que sa vie durant, Othmar Schoeck s'est entièrement voué, et comme le trahit le ton de ces mots, c'est en romantique qu'il s'est exprimé. Faisant fi de toutes les écoles, ce poète à "l'inspiration douloureuse et tendre", comme le définissait André Cœuroy, demeura étranger aux courants modernistes de son époque - qu'ils soient "néoclassiques" ou "d'avant-garde". Fils du peintre Alfred Schoeck, le jeune Othmar étudie lui-même la peinture pendant une brève période - d'où peut-être ce sens aigu de la couleur orchestrale et de la "peinture" musicale. Après des études au Conservatoire de Zurich, il étudie la composition à Leipzig auprès de Max Reger, puis mène en Suisse une intense activité de chef d'orchestre, de directeur de chorales et de pianiste accompagnateur. Schoeck compositeur est l'un des grands héritiers de
la tradition du lied, dans la lignée de Schubert, Schumann et Wolf.
Auteur de plus de quatre-cents lieder écrits sur les vers des plus
grands poètes romantiques de langue allemande (Lenau, Heine, Goethe,
Uhland et surtout Eichendorff et Gottfried Keller), il fut souvent
surnommé le "Schubert suisse". Le Reiselied (Chanson de voyage) et le Wanderlied der
Prager Studenten (Chanson de route des étudiants de Prague) firent
connaître Schoeck en Europe avant la première guerre mondiale. Les
cycles Elégie pour orchestre de chambre d'après des poèmes d'Eichendorff
et Lenau (1922-23), Lebendig begraben (Enterré vivant) pour voix grave
et orchestre, sur des poèmes du poète suisse Gottfried Keller (1926),
le Notturno pour quatuor à cordes et voix, d'après des textes de Keller
et Lenau (1931-33), doivent être comptés au nombre des partitions lyriques
les plus personnelles et les plus puissantes qu'ait produit la musique
allemande à l'époque du romantisme finissant et du post-romantisme. Lieder et opéras subiront la même évolution : partant
d'un romantisme classique, exprimé par une mélodie d'élan symétrique,
le compositeur s'aventurera d'année en année vers une extériorisation
plus grande de l'expression dramatique et psychologique ; aussi son
sens mélodique se fera-t-il de plus en plus asymétrique, sans retour
en arrière, mélodie infinie dont le dynamisme se nourrit de sa propre
émotion, jusqu'à s'inscrire dans la courbe d'une déclamation, d'un
sprechgesang d'où la mélodie au sens classique a disparu. Si l'alliance du verbe et de la musique correspondent
à son idéal esthétique, Schoeck a aussi abordé le domaine instrumental,
avec deux sonates pour violon, une sonate pour clarinette basse, deux
quatuors à cordes, et trois concertos - pour violon, pour violoncelle
et pour cor.
PenthÉsilÉe, un grand finale
Les amours de Schoeck furent tumultueuses. Parmi les
talentueuses beautés dont il s'éprit, il y eut la violoniste Stefi
Geyer - également égérie de Bela Bartok -, pour qui il composa son
très beethovénien Concerto pour violon. Éconduit, il s'enticha de la
pianiste Mary de Senger et, en 1925, d'une soprano, Hilde, qu'il épousa. Un envoÙtement expressionniste L'immédiateté de l'efficacité scénique, le langage musical
de Penthésilée ont été souvent comparés à l'Elektra de Richard Strauss,
au Château de Barbe Bleue de Bartok, ou à Erwartung de Schoenberg. Un orchestre de bronze La composition de l'orchestre est inhabituelle : dix
clarinettes de différents registres, cuivres et percussions, cordes
graves (altos, violoncelles, contrebasses) forment le coloris sombre,
tellurique, martial du décor, tandis que la voix habituellement dévoratrice
des violons est réduite à quatre solistes, se distinguant du coloris
martial des autres textures ; les deux pianos produisent essentiellement
des effets d'atmosphère - comme dans Peter Grimes de Britten -, et
les cris de guerre se voient accompagnés, depuis les coulisses, de
dissonants appels des trompettes. Issu d’une grande famille d’officiers, qui a donné à
la Prusse vingt maréchaux et généraux, il commence par renoncer à la
carrière qu’il avait du entamer, pour trouver « le sûr chemin vers
le bonheur », pour devenir lui-même en se cultivant. Il a vingt-deux
ans, veut alors entrer au service civil de l’Etat, se fiance, résolu
à fonder une famille. Tout échouera. Une « crise kantienne » vient
achever les études scientifiques qu’il poursuivait. La reconnaissance
fulgurante de l’impossibilité d’accéder à la vérité par la raison,
prive de leur sens toutes ses connaissances scientifiques. Cette fois,
l’état de déréliction est manifeste : sa vie, déclare Kleist, n’a plus
de but, et il n’espère en trouver un qu’en entreprenant un voyage à
l’étranger, une errance sans limites et par définition sans but. Ce ne sera désormais plus qu’alternances entre des montées
d’espérance, des fuites, des ruptures, des errances à travers des villes,
des pays, vers le néant, jusqu’à la mort qu’il se donna avec une jeune
compagne, Henriette Vogel. Arrachements, ruptures brutales, fuites
insensées devant l’accomplissement du désir, telle fut son existence.
L’immense amour, « un tourbillon de bonheur jamais connu », n’apparaît
dans les lettres de Kleist qu’une seule fois, au sujet de sa dernière
compagne, et il conclut : « sa tombe m’est plus douce que le lit de
toutes les impératrices du monde ». Le combat que le poète livre avec la langue, langue inouïe dont la syntaxe tendue à l’extrême, au bord de l’éclatement, est à l’image de l’Amazone sanglée sous la cuirasse, compressée par l’airain. Que cette énergie tragique se libère, que les pulsions contenues débordent et d’un trait on touche à l’innommable. Chaque vers de Kleist porte en lui ce double mouvement de tension de suspens et de fulgurance : comme la flèche de l’Amazone soudain lâchée et dont l’impact nous est immédiat. Avec cet ensemble original, Schoeck obtient de puissants moments de tension, des couleurs proprement inouïes. Lors de la création de l'opéra, des commentateurs ont très justement comparé cet orchestre à du bronze. On peut aussi le rapprocher de la pâte rugueuse, des teintes blafardes, sinistres, des formes grimaçantes de nombreux tableaux de l'expressionnisme allemand. Cette toile instrumentale est faite de contrastes, d'oppositions d’arrière-plans d'atmosphères, de décors purement sonores - une sorte de troisième dimension musicale, de profondeur de perspective - et de thèmes de premier plan, qui accompagnent et caractérisent en détail l'action. Cette "plasticité" de la musique de Schoeck fait qu'elle peut se passer de mise en scène : par exemple, la peinture musicale de la guerre, du fracas de la bataille, des hurlements qui accompagnent le combat, nourrit davantage l'imagination de l'auditeur que s'ils étaient réellement représentés. Après la première, le compositeur décida de donner encore plus de relief à cette continuelle tension en élargissant le grand duo entre Achille et Penthésilée, ce véritable nœud du drame. Les deux voix sombres des héros, une mezzo-soprano et un baryton, viennent merveilleusement se confronter ou se mêler au bronze de l'orchestre, comme deux figures en lutte contre leur terrestre destin, mais déjà statufiées par l'immuable de ce destin même. La musique, contrepoint des vers Ayant eu conscience de la difficulté du langage de Kleist
- un langage poétique en lui-même déjà musical -, le compositeur de
lieder et d'opéras très bel canto (Vénus) qu'était Schoeck trouve ici
la voie du mélodrame. Il alterne chant, parole rythmiquement fixée
et libre discours parlé, laissait ainsi le plus souvent le texte parfaitement
compréhensible - ce à quoi ne parviennent que très peu d'œuvres lyriques.
La désignation de "tragédie avec musique" que Schoeck applique
à sa partition reflète son intention d'être le servant de la poésie
: Gaspari, Platania, Rossi, Buzolla,
Bazzini, Pedrotti, Cagnoni,
Lorsque Verdi visita avec son ami De Amicis le cimetière de Staglieno,
il s’arrêta devant la tombe d’Andrea Gambini, un honnête mais assez
banal compositeur gênois.
Une sculpture y représentait la Musique se lamentant sur la mort du compositeur. Au pied de l’œuvre, était sculptée une lyre brisée en deux. Verdi demanda à son ami ce que cela représentait. - “ C’est la Musique, explique De Amicis, qui à la mort du compositeur brisa la lyre. ” Verdi, peu enclin à l’exagération, dit simplement : - “ Que lui restera t-il à briser quand Rossini mourra ! ” Le 13 novembre 1868, à Paris où il vivait, Rossini meurt. L'Italie perd son plus populaire compositeur. Quatre jours plus tard, Verdi adressait une lettre à l'éditeur Ricordi : "Afin d'honorer la mémoire de Rossini, je souhaiterais que les plus éminents compositeurs d'Italie rédigent une messe de Requiem, qui devra être représentée le jour anniversaire de sa mort. Je désirerais que non seulement les compositeurs, mais également les artistes qui prendront part à cette représentation, ne se contentent pas seulement d'y participer à titre gracieux, mais qu'ils versent en outre leur obole, afin de couvrir les frais nécessaires... La messe devra être représentée à San Petronio de Bologne, la véritable patrie musicale de Rossini. Après avoir été exécutée une fois, elle devra être cachetée et conservée dans les archives du Liceo Musicale, d'où elle ne devra jamais être retirée. On pourra peut-être faire des exceptions lors des anniversaires de Rossini, dans le cas où la postérité désirerait les fêter... Il est souhaitable de fonder une commission d'hommes
sages, qui auraient pour mission de régler les préparatifs de cette
représentation, mais avant tout de choisir les compositeurs, de leur
attribuer les morceaux et de surveiller la forme générale de l'œuvre.
Cette composition (quelle qu'en soit la qualité des différentes parties)
manquera naturellement d'unité sur le plan musical. Mais quand bien
même elle ne serait pas parfaite sur ce plan, elle aura cependant le
mérite de montrer comme nous admirons tous cet homme, dont le monde
entier pleure la perte. Adieu. Très cordialement vôtre, Giuseppe Verdi." Si beaucoup approuvaient le projet, certains s'y opposèrent fermement, pour des raisons politiques, esthétiques ou financières. Par exemple, le journal musical Il trovatore rapportait que Verdi "restait une vedette du théâtre lyrique italien" et que la messe ne serait qu'un "fritto misto", un pot-pourri ridicule d'airs d'opéra. On s'interrogea aussi sur les raisons pour lesquelles on n'avait pas invité de jeunes compositeurs alors déjà célèbres comme Boito, Dall'Argine, Faccio ou Marchetti à participer au projet et on laissa entendre qu'ils avaient été éliminés par la "vieille garde". Mais aussi, l'initiative de Verdi survenait à un moment où de nombreuses villes d'Italie rencontraient des problèmes financiers apparemment insurmontables ; la municipalité de Bologne et le directeur du théâtre de la ville refusèrent de prêter leurs musiciens et leurs chanteurs pour cette entreprise non lucrative. L'anniversaire de la mort de Rossini passa donc et le Requiem ne fut pas donné. C'était, pour Verdi, "la faute à la Ville de Bologne, à cet impresario et aussi un peu à notre illustre ami Monsieur Angelo. Il n'a pas fait ce qu'un ami et artiste aurait dû faire. Peut-être était-il irrité de ne pas figurer sur la liste des compositeurs, vanitas, vanitas, etc. Ah ! les hommes de talent sont toujours de grands enfants." Angelo Mariani, grand chef d'orchestre et ami de Verdi, qui s'était engagé à diriger "la festa patria", avait été lui-même contraint de renoncer au projet. Verdi l'accusait de ne pas remplir son devoir : "Je ne suis jamais parvenu à savoir si le projet de la messe pour Rossini avait ou non l'heur d'être approuvé par toi. Quand on n'agit pas pour son intérêt personnel, mais au nom de l'art et pour le lustre et la dignité du pays, une bonne action n'a besoin de l'approbation de personne. Tant pis pour celui qui ne comprend pas cela." "Ah ! les hommes de talent sont toujours de grands
enfants"... Le Requiem commun partit donc aux oubliettes, et ce
n'est qu'à l'occasion de la publication de l'édition complète des œuvres
de Verdi et des recherches sur l'histoire de leur genèse qu'un musicologue
découvrit, en 1970, les divers manuscrits autographes conservés dans
les archives des éditions Ricordi à Milan. On s'aperçut que cinq mouvements
avaient été repris par leur compositeur pour nourrir l'une de leurs
propres œuvres, dont Verdi lui-même qui avait utilisé le Libera
me qu'il avait composé comme élément de base de son célèbre Requiem pour
Angelo Manzoni (1874).
Après avoir encore somnolé quelques années dans une revue musicologique, l'œuvre fut enfin créée en 1988 à Stuttgart, puis reprise à la cathédrale de Parme et à Perugia. Voici donc l'œuvre la plus représentative de la musique religieuse italienne du XIXème siècle ; merveilleux tableau d'auteurs et de styles, elle nous révèle combien l'opéra, la voix des héros, le bel canto, le théâtre et ses passions avaient envahi le temple, mais nous rappelle aussi la permanence de types d'écriture assignés au religieux, perpétués depuis que la Contre-Réforme eut décidé que le style de Palestrina (v.1525-1594) serait le modèle inaltérable de la musique d'Eglise : les chœurs a cappella, la sobriété d'expression, l'écriture contrapuntique recherchée, les archaïsmes d'écriture de certaines séquences du Requiem per Rossini témoignent d'une descendance directe entre certains compositeurs d'Eglise du XIXe siècle et les maîtres de la Renaissance. Les lieux mêmes, avec leur lignée de Maîtres de chapelle, ne gardent-ils pas la mémoire des siècles ? Enfin, si les douze contemporains de Verdi souffrent de l'ombre que le génie de celui-ci a jetée sur eux, ils peuvent s'enorgueillir d'être dans ce Requiem immortalisés à ses côtés, et de nous révéler les qualités d'un art musical toujours merveilleusement maîtrisé, d'une science tant contrapuntique, harmonique qu'orchestrale, et toujours au service d'une expression, tantôt plus théâtrale, tantôt plus recueillie, toujours profondément humaine - qualités que beaucoup de nos compositeurs contemporains pourront leur envier, avant d'aspirer à la postérité... Antonio Buzzolla - Introïtus : Requiem
e Kyrie L'auteur des deux premiers versets (Antonio
Buzzolla 1815-1871) vivait à Venise, où il fut longtemps maître de
chapelle de Saint-Marc - comme Gabrieli et Monteverdi en un autre temps.
Compositeur d'opéras, d'œuvres religieuses et de canzonettas vénitiennes,
il fut également, en tant que chef d'orchestre, un brillant porte parole
de l'opéra italien en Europe. Antonio Bazzini - Sequenz : Dies irae Violoniste virtuose, auteur de la célèbre et périlleuse Ronde des lutins, Bazzini (1818-1897) a écrit pour tous les genres. Mendelssohn et Schumann l'admiraient. Professeur de composition et directeur du Conservatoire de Milan, pédagogue très recherché, il compta au nombre de ses élèves Puccini, Catalani et Mascagni. Son style, poli au cours de ses voyages d'interprète, se ressent de plusieurs esthétiques, et rend son admiration au Romantisme musical allemand. Il déploie dans ce morceau tous les moyens expressifs du tourment : oppositions de masses, précipitation du débit des paroles, syncopes, tonalité instable, chromatismes incessants, timbales impatientes, effets cinglants de bois... Carlo Pedrotti - Tuba mirum Chef d'orchestre et compositeur d'opéra
comme les précédents, Pedrotti (1817-1893) fut également directeur
du Liceo musicale et du Teatro nuovo de Turin, qui devint entre ses
mains un rival de la Scala. Il était très ouvert au monde étranger,
programmant volontiers la musique de Beethoven ou de Wagner - ce qui
était alors rare en Italie... Antonio Cagnoni - Quid sum miser Cagnoni (1828-1896) fut chef d'orchestre et auteur d'une vingtaine d'opéras - son Don Bucefalo fut un grand succès -. D'abord maître de chapelle à Vigevano de 1856 à 1863, puis directeur du Conservatoire de Novare, il devint en 1887 maître de chapelle de Santa Maria Maggiore de Bergame. Étrange et belle pièce que ce duo de soprano
et alto solos qui se côtoient d'abord sans se rencontrer, puis se retrouvent
dans une homophonie a cappella, dénudée, que viennent ponctuellement
interrompre de brèves interventions de l'orchestre, posées comme des
colonnes au pieds des arabesques vocales. Un passage central, d'un
lyrisme intense, soutenu par l'orchestre, forme le sommet de la voûte.
Federico Ricci - Recordare Jesu Cagnoni reprit ce mouvement pour son propre Requiem composé à Bergame pour le quadricentenaire de Gaudenzio Ferrari, en 1888. Andantino - fa Majeur Ce compositeur fécond (1809-1877) avait
en particulier un grand talent pour l'opéra bouffe. Il triompha dans
toute l'Italie, conquit Vienne, Paris et ses salons, et les théâtres
impériaux de Saint-Pétersbourg, ville dont il fut le maître de chapelle. Alessandro Nini - Ingemisco Alessandro Nini (1805-1880) commença comme
compositeur d'église à Ancône, puis partit diriger une école de chant
à Saint-Pétersbourg. Un long prélude orchestral peint les ténèbres du péché, d'où tentent de s'échapper les instruments, en traits ascendants qui retombent aussitôt. Le ténor entre, héros angoissé qui cherche à stabiliser son regard éperdu. Le Qui Mariam central est mélodiquement plus stable; le nom de la vierge y est clamé comme un appel au secours - avec d'autres paroles, il pourrait s'agir d'un amant suppliant d'être aimé... Les rares interventions du chœur nourrissent l'incertitude du pécheur. Raimondo Boucheron - Confutatis maledictis,
Oro supplex Bien que musicien autodidacte, Boucheron
(1800-1876) obtint le très convoité poste de maître de chapelle du
Dôme de Milan. Il écrivit des traités d'esthétique et d'harmonie, composa
des opéras, des pièces pour orgue, des mélodies des pièces d'église
- "d'une banalité désespérante", jugeait Fétis. Carlo Coccia - Lacrimosa e Amen Cet élève (Carlo Coccia 1782-1873) de Paisiello
à Naples entra, jeune, comme pianiste au service du roi Joseph Bonaparte.
Ses premiers opéras furent acclamés dans toute l'Italie, à Lisbonne,
et à Londres où il fut accueilli de 1823 à 1828. Maître de chapelle
de la cathédrale de Novare en 1840, il ne se consacra dès lors plus
qu'à la musique sacrée. Il était âgé de 87 ans lorsqu'il contribua
au Requiem. Gaetano Gaspari - Offertorium Gaspari (1808-1881), compositeur fort apprécié à son époque, écrivit essentiellement de la musique polyphonique vocale. Aussi historiographe, philosophe, littérateur, il se passionnait pour l'histoire des cénacles de la Renaissance italienne du Seizième siècle. Il établit la classification de la bibliothèque du Padre Martini - cet érudit compositeur du XVIIIe, professeur vénéré de Mozart et de toute une génération de musiciens -, dont le fond reste aujourd'hui très précieux aux musicologues. Les quatre brèves parties dont est composé l'Offertoire présentent une habile écriture pour quatuor de solistes avec chœur, oscillant entre un contrepoint et une mélodie classiques et un sens dramatique typiquement romantique. La troisième section contraste par son recueillement subit. Pietro Platania - Sanctus Directeur des Conservatoires de Palerme puis de Naples, maître de chapelle de la cathédrale de Milan, professeur de contrepoint, Platania (1828-1907) fut connu comme l'un des derniers représentants de la vieille école de musique sacrée héritière du style palestrinien. A une époque où les compositeurs italiens s'adonnaient essentiellement à l'opéra, il s'adonna également à la musique instrumentale. Le Sanctus pour soprano solo et
chœur est divisé en quatre sections. Ce Sanctus sera repris, abrégé, dans un Requiem composé en 1878 pour la mort du roi Victor-Emmanuel II - celui dont le nom et le rôle dans l'unification de l'Italie furent liés à ceux de Verdi, lui aussi symbole du patriotisme italien : VERDI !, écrivait le peuple sur les murs des villes - Victor-Emmanuel Rei De Italia ! Lauro Rossi - Agnus Dei Lauro Rossi (1812-1885), élève de Zingarelli à Naples, obtient son premier succès à l'âge de dix-sept ans avec son opéra Le Contesse Villane et son premier échec avec Amelia (1835), pourtant alors chanté par la célèbre Malibran. Il émigre alors à Mexico comme directeur d'une troupe d'opéra italienne. De retour en Italie, il retrouvera le succès avec une trentaine d'opéras aujourd'hui oubliés, et occupera de hautes fonctions (directeur des conservatoires de Milan et de Naples). Conformément à la tradition (cf. les Agnus
dei des grandes messes de Mozart), cet Agnus Dei est
un bel air de dame, paisible mélodie accompagnée par une belle et
très personnelle science harmonique, et accommodée de quelques fioritures
virtuoses. Teodulo Mabellini - Communio : Lux aeterna Moderato assai - la bémol Majeur Célèbre figure musicale de Florence, où il occupa d'importantes fonctions au sein de différents lieux musicaux, professeur de composition, Mabellini (1817-1897) est l'auteur d'une œuvre très éclectique, qui comprend des cantates, des opéras, beaucoup de pièces sacrées, de la musique de chambre, une symphonie, un Requiem antérieur à celui-ci, et même un quadruple concerto pour clarinette, flügelhorn, trompette et saxhorn baryton ! Le Lux aeterna, écrit symboliquement pour trois solistes masculins, révèle une belle maîtrise de l'orchestration et du contrepoint, et un beau sens mélodique. Il se déroule avec volubilité et variété d'écriture, mais sans heurt, paisiblement, comme reflétant la sainte lumière. Giuseppe Verdi - Responsorium : Libera
me Le maestro (1813 -1901) s'est réservé la
fin du Requiem, comme pour balayer de son souffle puissant ses contemporains.
Ce Libera me servira de base à son célèbre Requiem pour
la mort de l'écrivain Alessandro Manzoni. |
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